Le spectacle Modèles, interprété par la compagnie La Part des anges et mis en scène par Pauline Bureau, pose la question de la représentation et de la place des femmes dans la société française aujourd’hui.

 

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Que signifie être une femme aujourd’hui ? C’est à partir de cette question que la metteure en scène Pauline Bureau, épaulée de sa sœur, la dramaturge Benoite Bureau, a eu l’idée d’un spectacle qui interrogerait la représentation de la femme dans notre société. Elles ont alors réuni cinq comédiennes autour d’elles afin de réfléchir à cette question. Des échanges, des recherches et des confrontations d’expériences des sept jeunes femmes est né Modèles. Au début des années 1960, l’auteur dramatique allemand Peter Weiss, héritier du théâtre politique d’Erwin Piscator, donne en appendice de sa pièce Discours sur le Vietnam les préceptes du théâtre documentaire. Dans ce court texte, Weiss écrit : «le théâtre documentaire se refuse à toute invention, il fait usage d’un matériel documentaire authentique qu’il diffuse à partir de la scène, sans en modifier le contenu, mais en en structurant la forme». Or, il semble que cette vision du théâtre a guidé le travail des sœurs Bureau et de leurs comédiennes pour Modèles. Ainsi, les jeunes femmes ont-elles réalisé un véritable travail de recherche, réunissant des extraits de La Domination masculine de Bourdieu, des textes de Virginia Wolf, de Marguerite Duras, de Virginie Despentes, des travaux d’universitaires, de manuels scolaires des années 1980, afin de composer leur spectacle. Ce matériel documentaire, elles le donnent à entendre et à voir sur scène, le confrontant à leurs propres souvenirs et expériences, à leur histoire personnelle et familiale. Recourant à la projection vidéo et à la musique — les comédiennes sont également musiciennes — ces sept jeunes femmes dressent un état des lieux de la représentation féminine en ce 21ème siècle débutant. En s’appuyant à la fois sur des sources théoriques et sur des textes et des documents qui les ont modelées en tant que femmes à travers les trente dernières années, elles offrent au public une réflexion et un témoignage sur la construction de l’image de la femme pour des trentenaires d’aujourd’hui. Or, à l’heure de la mobilisation contre le mariage pour tous et l’adoption par les couples de même sexe, ce travail de dénaturalisation de l’attribution des genres ne peut être que salvateur. Plus qu’une collection de poncifs sur les conditions des femmes, Modèles s’attache à démasquer les enjeux de pouvoir qui définissent ce que l’on désigne par le mot «femme» et à élargir la signification du terme. Alors que son dernier spectacle était une adaptation du roman de Tristan Garcia La Meilleure Part des hommes, qui s’intéressait aux gays parisiens aux premières heures de l’épidémie de sida, Pauline Bureau aurait-elle pour ambition secrète de réinvestir le champ du théâtre politique par le biais des questions sur le genre et la sexualité ?

Modèles, les 9 et 10 janvier à Bonlieu Scène Nationale, 1 rue Jean Jaurès-Annecy / 04.50.33.44.00 / www.bonlieu-annecy.com
Photos : © Pierre Grosbois

Les dernières créations de la compagnie La Part des Anges (mises en scène par Pauline Bureau)
_Lettres de l’intérieur de John Marsden (2009)
_Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès (2010)
_Modèles (2011)
_Comment j’ai mangé du chien d’Evguéni Grichkovets (2011)
_Je suis une bulle de Malin Axelsson (2011)
_La Meilleure Part des hommes d’après Tristan Garcia (2012)

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