Alors qu’on célèbre le 1er décembre la Journée mondiale de lutte contre le sida, de quels outils innovants dispose-t-on pour réduire le nombre de contaminations ?

Trente ans après sa découverte, en février 1983, par une équipe de chercheurs de l’Institut Pasteur, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) a causé plus de trente millions de morts et infecte aujourd’hui trente-quatre millions de personnes. Si aucun vaccin n’est en vue, la lutte contre le sida ne cesse pourtant de se renouveler. Et bien que le préservatif demeure le moyen le plus efficace d’éviter de nouvelles contaminations, de nouvelles stratégies de prévention ont vu le jour ces dernières années, non sans soulever des interrogations qui divisent parfois les acteurs du combat contre la pandémie. Il y a deux ans, la ministre de la Santé d’alors, Roselyne Bachelot, dévoilait son «plan national de lutte contre le VIH/sida et les infections sexuellement transmissibles (IST) 2010-2014», qui mettait notamment l’accent sur la nécessité d’une généralisation du dépistage. Depuis, celui-ci est devenu l’un des chantiers prioritaires de l’association AIDES, qui a obtenu du gouvernement l’autorisation de faire réaliser des «tests rapides d’orientation diagnostic» («TROD») par des personnels non-soignants. Car connaître sa sérologie permet le cas échéant de bénéficier d’un traitement. Or, ce dernier pourrait également être utilisé comme outil de prévention. C’est du moins ce que laisse à penser une étude suisse publiée en 2008 (suivie depuis par d’autres allant dans le même sens) selon laquelle les personnes séropositives suivant correctement un traitement antirétroviral réduiraient de façon très significative (jusqu’à 96%) le risque de transmettre le virus à leurs partenaires sexuels. Cette nouvelle a suscité de très forts espoirs chez AIDES, qui espère, grâce au dépistage, augmenter le nombre de séropositifs sous traitement et ainsi diminuer le nombre de nouvelles contaminations. Du côté d’Act Up-Paris, tout en reconnaissant l’intérêt de telles études, on souligne aussi leurs limites et on juge qu’on ne peut pas transposer aussi facilement leurs résultats «dans la vie réelle». En tout état de cause, il est difficile de généraliser la stratégie dite du «traitement comme prévention» à l’ensemble des personnes vivants avec le VIH, car pour une minorité d’entre elles (les «non-progresseurs à long terme», qui ne développent pas de symptômes du sida, parfois avant huit ou dix ans), le traitement antirétroviral (qui demeure très souvent lourd et contraignant) n’est pas indiqué.

Souffle d’espoir ou miroir aux alouettes ?

Mais le sujet qui a déclenché le plus de débats ces deux dernières années dans le domaine de la lutte contre le sida, c’est sans doute la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Il s’agit là encore de recourir à un traitement antirétroviral, mais cette fois-ci administré à titre préventif (en continu ou de façon intermittente), avant toute prise de risque. Depuis 2010, plusieurs études semblent en effet indiquer que la prise d’antirétroviraux par des personnes séronégatives réduirait leur risque d’être contaminées. Mais l’efficacité d’une telle stratégie demeure toutefois modérée (44% selon l’étude iPrEx rendue publique en novembre 2010), ce qui fait craindre à certaines associations un emballement excessif et des prises de risque accrues. En France (à Paris et à Lyon), un essai baptisé Ipergay est en cours depuis janvier et vise à évaluer l’efficacité de la PrEP administrée de façon intermittente à des gays séronégatifs. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine du médicament, a pris tout le monde de court cet été en autorisant la mise sur le marché d’un médicament antirétroviral en prévention, le Truvada, quelques jours seulement avant l’ouverture de la conférence mondiale sur le sida de Washington. Alors qu’Act Up-Paris exprimait sa «colère» devant une décision «précipitée», l’association Warning appelait pour sa part à une mise sur le marché français rapide. Celle-ci pourrait s’accélérer : le laboratoire Gilead, qui produit le Truvada, aurait l’intention de déposer une demande d’homologation en Europe dès janvier 2013. Le débat autour de la PrEP ne fait donc que commencer.

Statistiques

En France, selon les données publiées par l’Institut de veille sanitaire (InVS) le 1er décembre dernier (comme chaque année à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida), «ce sont 6 300 personnes qui ont découvert leur séropositivité en 2010, la quasi-totalité d’entre elles s’étant contaminées par voie sexuelle». Parmi ceux-là, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) étaient 2 500, soit près de 40% du total. Il s’agit de la seule population dans laquelle le nombre de découvertes augmente depuis 2003. Plus inquiétant encore : toujours depuis 2003, la part des HSH de moins de 25 ans a augmenté régulièrement, ce qui dénote un relâchement du port du préservatif chez les plus jeunes.

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