À l’occasion du festival Mode d’emploi, les Subsistances présentent un riche programme de performances et de rencontres sur le thème du genre et des identités sexuelles.

Depuis plus de dix ans, sans en faire un programme, les Subsistances accueillent des artistes qui troublent les genres ou a minima les interrogent. En privilégiant des approches transdisciplinaires, le laboratoire de création artistique du quai Saint-Vincent rencontre des auteurs de la scène qui brusquent les catégories, déconstruisent le langage, travaillent sur des représentations et des perceptions décalées. Antonia Baehr, Keith Hennessy, Alain Buffard, Mark Tompkins, Jeanne Mordoj, Steven Cohen, Phia Ménard, Eszter Salamon, etc. : la liste est longue des danseurs, comédiens, circassiens qui, dans des esthétiques très diverses, font du corps le support d’une recherche sur le masculin et le féminin, le désir et la sexualité, la transformation, les identités et le pouvoir. Plusieurs d’entre eux sont présents à l’occasion du festival des idées «Mode d’emploi», organisé par la Villa Gillet, dont un volet intitulé «Qui dit je? : quelques interrogations sur le genre et les identités sexuelles» se déroule au Subsistances.

Ménagerie impossible

Antonia Baehr, d’abord, dont le public lyonnais a déjà pu voir les pièces Nom d’une Pipe (avec Lindy Annis) et Rire. Sur le même principe que dans cette précédente œuvre, elle a commandé des partitions à quinze amis artistes. Chacun d’entre eux a conçu un solo autour d’un animal disparu, que la performeuse berlinoise interprète, fabriquant ainsi une ménagerie impossible, dessinant une histoire naturelle du bizarre, du hors-norme et/ou de l’inadapté. Habitués à la voir revêtir les habits et les personnalités d’avatars variés (Larry Peacock notamment dans un projet féministe électro-pop en 2006), nous irons curieux découvrir ses nouvelles peaux et propositions animales à l’occasion d’une étape de son projet Beginning with the abecedarium bestiarium. Parmi les autres habituées des Subsistances, citons la performeuse ventriloque et jongleuse Jeanne Mordoj qui poursuit, après L’Éloge du poil et Adieu poupée, son exploration du féminin et de l’étrangeté dans La poème, ainsi que Phia Ménard, présente à l’occasion d’un débat intitulé «Masculin, féminin : faut-il se définir ?». Olivier Normand, interprète émouvant chez Alain Buffard et Mathilde Monnier (entre autres), a quant à lui refusé de choisir. Non pas entre les genres mais entre les voix. Contre-ténor, voix couramment associée aux castrats qu’il travaille depuis ses seize ans, ou baryton, voix traditionnelle du mâle ; un bel avenir de chanteur lyrique lui semblait promis à condition de trancher. Un questionnement sur les atours de l’identité de genre qui entre en résonance avec un autre, sur l’homosexualité, qu’Olivier Normand met tous les deux en scène dans son spectacle Récital, dont il dévoile une étape de travail à l’occasion de Mode d’emploi.

Fil rouge

Les performances du duo féminin Allio-Weber, de l’artiste transsexuelle turque Esmeray ainsi que deux lectures d’Hippolyte Girardot et de Christine Angot complètent le programme côté scène. Le comédien partage Les cent vingt journées de Sodome de Sade, l’auteure lit son dernier texte, brutal et magnifique, Une semaine de vacances. En fil rouge de ce cycle thématique sur les identités sexuelles, le photographe Romain Étienne du collectif ITEM présente un montage multimédia intitulé «Être homo en Turquie» ; le réalisateur Olivier Meyrou (Au delà de la haineDans le secret d’Yves Saint-Laurent) livre quant à lui un documentaire sur le masculin et le féminin, pour lequel il est allé à la rencontre de Lyonnais pour composer une mosaïque de trajectoires identitaires singulières.

Mode d’emploi : mode d’emploi

Pour sa première édition, “Mode d’emploi : un festival des idées“, se décline en deux temps : un programme “Live“ aux Subsistances, du 20 au 25 novembre dans lequel s’inscrit le volet “Qui dit je“ puis “En débats“, cycle de tables rondes et rencontres à Lyon, Grenoble et Saint-Étienne du 26 novembre au 2 décembre.

 

«Qui dit je ? : Quelques interrogations sur le genre et les identités sexuelles»
du 23 au 25 novembre dans le cadre du festival Mode d’emploi, aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent- Lyon 1

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