«En tant que citoyen homosexuel, je ne me sens pas du tout représenté par les associations LGBT […] Elles s’autorisent à parler au nom des autres, ce que je n’accepte pas.»

(Jean-Marc Veyron-Lacroix, maire de Chasselas (Saône-et-Loire), opposé au mariage pour tous, dans Le Journal de Saône-et-Loire, 10 décembre 2012)

De tous les arguments avancés contre le mariage pour tous, l’un des plus ineptes est sans doute celui qui affirme que cette revendication ne serait défendue que par «une minorité dans la minorité» et que les associations qui la portent à bout de bras ne seraient pas «représentatives». Certaines feraient même du «lobbying» et c’est évidemment un gros mot (d’ailleurs, le terme «lobbying» est anglo-saxon, vient des États-Unis et n’a même pas été traduit en français ; soit trois preuves qui montrent qu’il est bien une manifestation de l’Antéchrist). 112 ans après le vote de la loi de 1901 sur les associations, certains ont encore visiblement du mal à comprendre le fonctionnement et l’utilité de la société civile dans une démocratie pluraliste. Et ne perçoivent manifestement pas tout le paradoxe qu’il y a à accuser les associations homosexuelles à la fois de communautarisme et de manque de représentativité. Rappelons-le donc une fois pour toute : dans une République «une et indivisible», une association n’est ni un Parlement, ni un conseil tribal, ni un sanhédrin ; elle n’est pas représentative de quelque «communauté» que ce soit, pour la bonne raison qu’elle ne procède pas du vote mais du simple engagement de qui veut bien consacrer un peu (voire beaucoup) de son temps, de son énergie et parfois de son argent à une cause qui lui paraît juste. On nous répète que les associations LGBT ne défendent pas fidèlement les aspirations des personnes gays et lesbiennes et, pour bien montrer que tous les homosexuels ne sont pas sur la même ligne qu’elles, on nous ressort du formol Dave, Benoît Duteurtre, Philippe Ariño et un jeune militant UMP jusqu’ici inconnu au bataillon (Xavier Bongibault, fondateur du «collectif» Plus gay sans mariage). Soit des individus qui ont bien le droit de penser ce qu’ils veulent mais qui ne parlent que pour eux-mêmes et qui sont bien mal placés pour reprocher aux associations de manquer de représentativité. L’aspiration au mariage pour tous, nous dit-on, serait en réalité minoritaire chez les homosexuels. Sur quoi se base une telle affirmation ? Sur rien, pas même un sondage, si ce n’est celui effectué au doigt mouillé par les opposants à l’égalité auprès de leurs fameux «amis gays qui ne veulent pas se marier». Mais si tel est vraiment le cas, comment se fait-il que quasiment toutes les associations (même GayLib, pourtant à droite) et tous les médias LGBT (journaux, sites Internet, télévisions et radios) la défendent ? Et pourquoi, à l’inverse, les très rares «collectifs» gay anti-mariage n’existent-ils pratiquement que sur les réseaux sociaux et encore de façon groupusculaire ? Pourquoi des centaines de milliers de gays et de lesbiennes battent-ils le pavé tous les mois de juin depuis des années au nom de l’égalité des droits ? La réalité, c’est que si, effectivement, beaucoup d’homosexuels ne ressentent pas personnellement la nécessité de se marier, une majorité d’entre eux jugent (à juste titre) discriminatoire le fait d’être dépossédés du droit de choisir (ou non) cette forme d’union qui est encore celle qui offre aux couples le plus de protection juridique. Et que, quand bien même cet avis serait minoritaire, rien de sérieux ne peut le contredire.

Un Réponse à “Édito de janvier”

  1. Erwan

    Qui plus est, son argument se contredit :
    Il s’exprime « au nom des homosexuels-qui-sont-contre », en disant que ceux qui s’expriment « au nom des homosexuels-qui-sont-pour » n’ont pas la légitimité de s’exprimer au nom de tous.
    De fait, même s’il n’y avait qu’une seule personne discriminée par une loi, il faudrait faire en sorte que la loi soit changée; le nombre de personnes discriminées ne change rien à une injustice.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.