Voilà une bonne résolution (facile à tenir) pour 2013 : ouvrir sa culture musicale. C’est ce que nous propose le label Differ-ant en éditant une compilation géniale de country.

Country Soul Sisters – Women in Country Music 1952-78 nous offre une autre vision de la country à travers vingt-cinq artistes féminines, toutes inévitablement affublées de choucroutes et de bottes à franges, qui nous font quitter définitivement la figure du lonesome cowboy pour celle de la femme émancipée chantant sur de grosses cylindrées. Et elles sont toutes là, des incontournables Dolly Parton (Don’t Let It Trouble Your Mind) ou Tammy Wynette (l’auteur du classique Stand By Your Man, l’une des chansons les plus reprises de l’histoire de la country) à la plus cruche Nancy Sinatra (Get While The Gettin’s Good), en terminant par l’immense Kitty Wells (It Wasn’t God Who Made Honky Tonk Angels). Si beaucoup de chanteuses présentes sur cet album sont assez connues, la compilation joue aussi sur la découverte. Car, reconnaissons-le, personne n’est vraiment incollable en country. On appréciera donc la non-efficacité de ce disque, qui se refuse à donner dans le tube : pas question ici d’écouter pour la centième fois This Boots Are Made for Walkin’. On notera aussi la présence d’un seul homme, quelque peu égaré : c’est Conway Twitty, qui se prête au jeu du duo avec Loretta Lynn pour s’entendre dire You’re The Reason Our Kids Are Ugly («Tu es la raison pour laquelle nos enfants sont laids»).

Les filles en campagne

Cette compilation est un précieux recueil et le témoin d’une grande époque pour la country. Cette musique a toujours été traversée par beaucoup de genres et de sous-genres, dans lesquels il y a aussi beaucoup à jeter. La country n’a pas vraiment la cote et pour cause : on l’associe souvent à une musique «blanche», celle de l’Amérique conservatrice qui se revendique de Dieu et des valeurs familiales. Et pourtant, dès les années 50, les filles commencent à se faire une place dans ce milieu très puritain et très masculin. Les textes changent alors et tous les fondements de la country s’écroulent avec eux. Car si de nouvelles interprètes s’emparent du genre, c’est pour dénoncer le machisme et la guerre du Vietnam, parler d’avortement, de prostitution ou du respect dû aux femmes. Certains titres sont même censurés par les radios en raison de leur caractère subversif. Quant à la forme, les violons et les banjos laissent place à des arrangements moins rustiques, plus scintillants et plus orchestrés. Country Soul Sisters – Women in Country Music 1952-78 raconte en vingt-cinq titres l’histoire de ces artistes exceptionnelles qui défendaient toutes le même objectif : la responsabilisation et le contrôle de la vie des femmes par elles-mêmes.

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