Dans Ce qu’aimer veut dire, Mathieu Lindon rend hommage à ses figures tutélaires : son père, Jérôme Lindon, mais aussi Michel Foucault et Hervé Guibert.

ce qu'aimer veut dire

C’est comme une famille pédée, une de ces vraies-fausses familles que l’on se bricole au fil d’une vie gay en agrégeant amis, amants, copines… Il y aurait le père, Michel Foucault, tel qu’on le croise dans ce texte fastueux au si beau titre, Ce qu’aimer veut dire, signé par un de ses garçons, Mathieu Lindon. Il y aurait les fils. Lindon donc, romancier précieux qui se raconte dans Ce qu’aimer veut dire sur un mode très personnel, évoquant ses amours, sa filiation prestigieuse (son père, Jérôme Lindon, fonda les Éditions de Minuit) et son rapport si proche avec le grand philosophe de la sexualité que fut Foucault. Et puis l’autre fils, présent aussi : Hervé Guibert, enfant terrible et lumineux de la littérature des années 80-90, qui fit de Foucault le protagoniste capital de son À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie.

S’il est souvent catalogué comme écrivain du sida, son œuvre violemment lucide se déploie sur bien d’autres territoires, comme le rappelle un essai d’Arnaud Genon. Recueil d’articles formant comme un passionnant kaléidoscope de l’univers littéraire et artistique d’un auteur qu’on oublie trop souvent de lire aujourd’hui, L’Aventure singulière d’Hervé Guibert rappelle à quel point l’auteur du Protocole compassionnel, comme Foucault, est un jalon essentiel de notre histoire culturelle et qu’il est criminel de s’en priver.

Retour d’un écrivain qui s’était perdu en chemin

Cette famille recomposée ne serait pas complète sans le petit dernier, Rachid O., troisième frère qui n’a pas connu le père, qui en est même tellement l’opposé qu’il aurait peut-être été son préféré. C’est presque ce que dit Lindon quand il l’évoque dans son livre, puisqu’il y apparaît aussi, amant-ami, comme Lindon lui-même apparaît dans Analphabètes, séduisant retour d’un écrivain qui nous avait tellement touché il y a près de vingt ans avec son si personnel L’Enfant ébloui et qui s’était perdu en chemin en perdant l’envie d’écrire : c’est un des thèmes de ce roman singulier.

On pourrait se contenter de voir cette belle famille sous le seul prisme de la proximité des uns et des autres. Pourtant, leurs liens sont autrement plus fondamentaux, puisqu’ils tiennent à une même vision de la littérature, où se dire, se livrer au plus intime, au plus cru, au plus cruel, est érigé en art majeur.

 

Ce qu’aimer veut dire de Mathieu Lindon (Folio)
L’Aventure singulière d’Hervé Guibert d’Arnaud Genon (Mon Petit Éditeur/Publibook)
Analphabètes de Rachid O. (Gallimard)

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