Naguère (presque) unanimement louées par les féministes et homosexuels, les activistes ukrainiennes du groupe FEMEN essuient des critiques de plus en plus fortes.

Ça leur pendait au nez : avec leur activisme radical, leur stratégie pensée pour les médias et leur marraine française habituée à déchaîner les polémiques (Caroline Fourest), les Femen devaient s’attendre à ce que l’intérêt qu’elles suscitent provoque tôt ou tard des contestations. Que les critiques émanent du camp conservateur et clérical n’a rien que de très naturel ; mais même la sympathie dont elles bénéficiaient de la part des féministes et des militants LGBT (notamment après leur agression violente par des intégristes catholiques de l’Institut Civitas en marge de la manifestation parisienne du 17 novembre dernier) semble se tarir.

Depuis leur dernier coup d’éclat en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris (dans laquelle elles se sont dévêtues et ont fait tinter des cloches pour célébrer la renonciation de Benoît XVI), le 12 février, deux articles abondamment relayés sur les réseaux sociaux symbolisent ce renversement de tendance. Le 8 mars, c’est la réalisatrice, écrivaine et ancienne actrice porno Ovidie qui dégaine la première (Pourquoi je n’ai plus foi en les Femen, sur le site de Métro), suivie, le 12 mars, par la journaliste suisse Mona Chollet (Femen partout, féminisme nulle part, sur le site du Monde diplomatique).

Trop belles pour être honnêtes

Derrière le retour de flamme un peu mécanique pointent des questions de fond sur la stratégie et les idées des «sextrémistes» (ainsi qu’elles se définissent elles-mêmes) ukrainiennes. Premier reproche qui leur est adressé, celui de se conformer, jusque dans leur militantisme, aux canons de la femme modelée par et pour des hommes : jeune, bien gaulée et à poil… Car même si elles insistent pour distinguer la «nudité passive de la femme-objet» (celle véhiculée par la publicité) de «la nudité active de la femme-sujet» (celle de leurs happenings), on ne peut pas dire que les Femen fassent beaucoup d’effort pour mettre en avant des militantes qui ne ressemblent pas à des top-models.

Autre matière à d’infinies controverses, leur positionnement abolitionniste en matière de prostitution (une question qui divise les mouvements féministes) et une attitude jugée «condescendante», voire «néocoloniale» ou «islamophobe» à l’égard des musulmans. Alors, les Femen incarnent-elles un renouveau du féminisme ou un engouement médiatique vide de sens ? Pour en débattre, le collectif lesbien grenoblois Les Voies d’Elles organise la projection (suivie d’une discussion) du documentaire Nos seins, nos armes, réalisé par Caroline Fourest et Nadia El Fani et diffusé le 5 mars sur France 2.

 

À lire : Femen, de Galia Ackerman et ali. (Calmann-Lévy)
À voir : Nos seins, nos armes, samedi 13 avril à 19h chez CIGALE, 8 rue Sergent Bobillot-Grenoble

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