Figure emblématique du mouvement no wave, la chanteuse perverse Lydia Lunch est de retour à Lyon pour un sixième passage au Sonic.

Après le passage des punks à la fin des années 70, le monde musical est bien souffreteux. Plus de futur possible et pour preuve : en 1979, la Terre entière se trémoussera sur Video Killed the Radio Stars. Pourtant, un an auparavant, Brian Eno, artiste conceptuel et visionnaire, sentant la new wave pointer le bout de ses synthés proprets, propose une contre-offensive. Il conçoit le projet d’une compilation, No New York, regroupant seize morceaux réalisés par quatre groupes différents. Ce disque est aujourd’hui entré dans l’Histoire, non seulement parce qu’il pose les fondements du courant musical qu’on appellera la no wave mais aussi parce qu’il révèle le groupe Teenage Jesus and the Jerks et sa chanteuse Lydia Lunch.

lydia lunch

Tout l’underground new-yorkais se pâme alors devant ces jeunes gens rebelles, peu intelligibles (voire carrément snobs) et qui rejettent les codes musicaux traditionnels. Mais tout le monde se demande aussi qui est leur chanteuse incontrôlable qui crispe tout Big Apple par sa violence et son érotisme et qui joue (si tant est que l’on puisse appeler ça «jouer») de la guitare comme une furie pour couvrir ses cris perçants. Cette prêcheuse folledingotte, c’est Lydia Lunch, surnommée ainsi pour son aptitude à chiper de la nourriture pour elle et ses amis bohèmes.

Chez Lunch, les arts sont à volonté

Teenage Jesus and the Jerks bouleverse les schémas musicaux habituels, raille la new wave naissante mais aussi le punk, institution trop traditionaliste et qui n’est aux yeux de Lydia Lunch que «du Chuck Berry moche joué plus fort et trois fois plus vite». Le groupe se sépare en 1979, au bout de trois années d’existence ; son œuvre discographique se résume à dix-huit minutes (aucune chanson ne dépassant les deux minutes). Mais les productions artistiques de Lydia Lunch ne s’arrêtent pas pour autant et semblent même illimitées.

Elle devient réalisatrice (Men in Orbit, 1981) et actrice dans plus d’une vingtaine des films ultra-militants, ultra-underground et donc ultra-inconnus. Elle se fait aussi parolière et poétesse et continue bien sûr la musique, multipliant les rencontres et les collaborations, notamment avec Nick Cave ou Sonic Youth. On la retrouve aussi en 2009, intervenant sur le sujet de la pornographie dans le documentaire de Virginie Despentes Mutantes (Féminisme Porno Punk). En 2013, Lydia est revenue sur le devant de la scène avec un nouveau projet cru et excessif, Retrovirus, sorte d’interaction bizarre entre peinture, arts graphiques et poésie trash qui véhicule encore avec succès toutes les valeurs iconoclastes de la no wave. Mouvement qui n’aura pas été no future et qui fait encore bien des vagues.

 

Lydia Lunch (+ Weasel Walter), mardi 4 octobre 2016 au Sonic, 4 quai des Étroits-Lyon 5 / www.facebook.com/LydiaLunch

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