Prendre un texte comme point de départ d’une création : une démarche ancestrale dans les Arts et qui pourrait paraître régressive aujourd’hui, mais lorsque Saâdane Afif use de ce procédé, l’interprétation qu’il en donne est loin d’être passéiste.

Depuis 2003, Saâdane Afif, un artiste français dont le travail oscille entre installations et sérigraphies, demande à des musiciens d’écrire des textes pour lui, avec pour seule consigne de garder un lien avec ses propres œuvres. Ce texte, qui est donc le remake d’une création, devient ensuite pour Afif le socle d’une nouvelle œuvre, transformant ainsi son travail en enquête esthétique où l’on se demande sans cesse où est la réinterprétation et où est l’original. C’est avec cet œil d’investigateur que s’appréhende l’exposition Blue time, blue time, blue time qui propose une étonnante variation autour de la chanson Blue time, écrite par Lili Reynaud en 2004 et elle-même inspirée d’une œuvre d’Afif, Blue time (Sunburst), sculpture hybride fusionnant une guitare et une pendule.

Des œuvres jamais finies

Dès la première salle, le spectateur est plongé dans l’univers musical de cette chanson, qui raconte l’histoire d’un crooner raté, à travers une série de sérigraphies illustrant des instruments. Les salles suivantes jouent tantôt sur un minimalisme frontal (permettant à une œuvre aussi petite qu’un émetteur de radio de trouver toute sa mesure dans l’espace de la pièce) tantôt sur une scénographie plus chargée (qui indique de l’on se trouve en présence d’une œuvre originale).

Entre les sculptures lumineuses et les installations épurées se détache la mystérieuse œuvre Brume (photo). La surface, composée de film holographique blanc (matériau utilisé pour la signalétique routière), de cet immense panneau de trois mètres de large par plus deux mètres de haut ne laisse rien échapper, hormis quelques reflets lumineux. Le spectateur se demande alors quelle est la finalité de cette œuvre et quelle pourrait être sa forme dans une prochaine exposition. Le processus créatif de l’artiste joue de cette incessante mutation où l’œuvre n’est jamais finie, mais ne cesse de se renouveler.

 

Blue time, blue time, blue time jusqu’au 28 avril à l’Institut d’art contemporain, 11 rue Docteur Dolard – Villeurbanne / 04.78.03.47.00 / www.i-ac.eu

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