Les Assises internationales du Roman organisées par la Villa Gillet accueillent Alain Claude Sulzer, auteur suisse de magnifiques romans sur des amours homosexuelles interdites, dans lesquels du désir naît la fébrilité, le doute, un certain désarroi.

Les personnages d’Alain Claude Sulzer sont sur le fil, le temps et les villes qu’ils habitent sont des corsets au sein desquels ils étouffent. Ernest dans Un garçon parfait, Emil dans Une autre époque, sont des figures radicales, aussi emportées dans leurs amours qu’assujetties à leur environnement ; chacun souffre d’être collé à son rocher quand d’autres se laissent indolemment porter par le courant.

Ils sont émouvants, ces hommes qui, malgré les passions qu’ils éprouvent, ne sont pas à proprement parler des homosexuels. Ils ne manient pas la dérision, voire le cynisme, qu’emploient, comme un bouclier ou comme un sabre, certains de leurs contemporains. Ils subissent, dans un mélange de confiance et de résignation, les sentiments qui les agitent aussi bien que l’opprobre à laquelle les exposent leurs comportements.

Une « autre époque », vraiment ?

Une autre époque est le dernier volet d’une trilogie, amorcée avec Un garçon parfait, sur les amours interdites, les délices et les violences du secret. C’est un adolescent de seize ans qui porte le récit, troublé par les conditions de la mort de son père, quelques jours à peine après sa naissance. Emil s’est suicidé, c’est entendu, mais quels tourments ont bien pu le conduire à ce geste ? Le fils quitte la Suisse pour Paris, en quête de réponses, sur les traces de la montre que portait son père, une Omega Seamaster, sur la seule photo qu’il détient de lui. Cette montre, comme la plupart des objets, des meubles, des vêtements que décrit Alain Claude Sulzer, est saturée de mémoire ; les pleins et les creux de l’histoire familiale, les évidences, les secrets et les malentendus sont imprimés en elle.

L’auteur déploie une écriture délicate, comme une caresse jamais laborieuse, qui tisse le ressenti intime des personnages avec le contexte des années 1950. Une “autre époque”, où les homosexuels sont encore “soignés” dans des hôpitaux psychiatriques, où la pression sociale peut mener au suicide. Alors que Paris semble déjà une ville “gay-friendly”, ce roman nous rappelle que cette autre époque qu’il décrit est encore, pour de nombreuses et nombreux homosexuel(le)s, une réalité aujourd’hui.

 

Rencontres avec Alain Claude Sulzer, lundi 27 mai à 20h30 aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 et mardi 28 mai à 18h à la Ferme du Vinatier, 95 boulevard Pinel-Bron

 

Photo © Onorio Mansutti

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