«Égalité ! Égalité ! Égalité !»
(Cri scandé par les députés de gauche à l’Assemblée nationale le 23 avril, après le vote définitif du projet de loi sur le « mariage pour tous »)

Une Hétéroclite mai 2013«Égalité» est le mot à la mode chez les militants homosexuels et, après tout, on ne va pas s’en plaindre : il en est des pires. C’est à peine si l’on osera faire remarquer que l’égalité dont il est question avec le mariage et l’adoption « pour tous » n’est qu’une égalité juridique, cette égalité si chère aux libéraux éclairés qui, depuis Tocqueville et les bourgeois de 1789, se battent pour que tous les citoyens jouissent des mêmes droits politiques mais ont en horreur absolue l’égalité économique et sociale, qui serait à leurs yeux incompatible avec la liberté. Rien d’étonnant donc à ce que cette égalité de jure (qui n’est pas rien, loin s’en faut) triomphe sous un gouvernement qui, de l’aveu même de son chef, s’est fixé pour objectif prioritaire «la réduction des déficits publics», fût-ce au détriment de l’égalité de facto… Mais revenons à nos militants. Derrière ce mot-slogan brandi comme un étendard, on comprend bien quelle était la stratégie des associations gays et lesbiennes : s’abriter derrière l’un des trois piliers de la devise nationale, s’intégrer dans la culture républicaine (en dehors de laquelle aucun mouvement politique ne peut espérer prospérer en France), rejeter les accusations de communautarisme, tenter de rassembler une majorité de la population (et donc, nécessairement, les hétérosexuels qui auraient pu considérer que ce combat n’était pas le leur). Sur le papier, cela n’avait rien d’idiot. Cela aurait même pu marcher si le rouleau-compresseur de «l’égalité» n’avait fini par aplanir toute différence, allant jusqu’à effacer le terme « homosexualité » des mots d’ordre des manifestations et des revendications (le « mariage homosexuel » étant soudain rebaptisé « mariage pour tous »). Résultat de cet affadissement général dans la rue : les gays et les lesbiennes ont eu le plus grand mal à se mobiliser et les hétéros ne se sont pas joints aux manifestations autant qu’espéré. Bref, en termes de mouvement social, «l’égalité» a fait un flop tandis qu’à chaque rassemblement, la « Manif pour tous » prenait un peu plus d’ampleur, encourageant l’homophobie verbale et même physique, instillant la peur chez beaucoup de gays et de lesbiennes. Et c’est ainsi que les associations LGBT, faute d’avoir pu asseoir leur légitimé à travers des démonstrations de force, se sont retrouvées entièrement dans la main du gouvernement et des parlementaires de gauche, soumises à leur propre agenda politique sans pouvoir influer celui-ci en aucune sorte (comme l’a bien montré la lamentable pantalonnade autour de la PMA). On pourra toujours se consoler en se disant que si elles n’ont pas toujours su défendre comme il l’aurait fallu toutes leurs revendications, elles ont au moins obtenu satisfaction sur deux d’entre elles, et non des moindres : le mariage et l’adoption, définitivement adoptés le 23 avril dernier. Allez, joyeuse égalité quand même.

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