Les bisexuels ont encore du mal aujourd’hui à être pris au sérieux. «Homos refoulés» ou «polygames déchaînés» : et si la bisexualité ne se résumait pas aux clichés ?

De par la nature double de la bisexualité, homos et hétéros la voient souvent comme un non-choix. Un point de vue que critique Grégory, bisexuel et ancien président de l’association des amis de France Bisexualité Info : «certaines personnes naissent bisexuelles. On ne choisit pas de l’être. Ce n’est pas un état de questionnement».

Sur les bis plane aussi le soupçon du libertinage et de la débauche qui, apparemment, dans la France de 2013, seraient encore des péchés mortels : «on nous considère comme des gens qui sautent sur tout ce qui bouge, des dépravés. Personnellement, je suis marié à une femme depuis plus de vingt ans, bisexuelle elle aussi, et nous avons des aventures hors de notre union, sans juger l’autre». En ces temps où triomphe jusque chez les gays et les lesbiennes le modèle hétéronormé du couple fidèle et monogame, les bisexuels seraient-ils porteurs d’une vision alternative de la vie amoureuse ?

Des préjugés jusque chez les homos

Au quotidien, le regard des autres reste pesant : «il y a encore une grande stigmatisation des bisexuels de nos jours, même parmi les personnes homosexuelles. Certaines associations soi-disant LGBT refusent les bisexuels ou ne leur donnent pas de crédit lorsqu’ils partagent leur avis» affirme Grégory. Une mise à l’écart qui, d’après lui, était évidente ces derniers mois, durant les manifestations en faveur du mariage pour tous : «à Lyon, les slogans sur les affiches dénonçaient l’homophobie et la lesbophobie, mais rien sur la biphobie. On commence à se dire que le sigle «LGBT» est galvaudé».

Alors, quelles sont les revendications des bisexuels aujourd’hui ? «On veut la reconnaissance de notre existence. Pouvoir se marier et ensuite avoir d’autres liaisons, avec le même sexe ou le sexe opposé, sans être stigmatisés. Nous ne demandons pas de loi à proprement parler. On ne prône pas la polygamie, juste un respect de notre sexualité».

Il existe un «drapeau de la fierté bisexuelle» (créé à l’initiative d’un Américain) depuis 1998 et même une Journée internationale de la bisexualité (le 23 septembre) depuis 1999. Mais selon une enquête nationale sur la bisexualité publiée par SOS Homophobie le 17 mai, les traits de caractère les plus associés aux bisexuels sont l’ouverture d’esprit, mais aussi l’infidélité, la volatilité et l’instabilité émotionnelle. De plus, une personne sur cinq refuserait catégoriquement de se projeter dans une relation durable avec une personne bisexuelle. Signe que le chemin sera encore long pour changer les mentalités et faire de la bisexualité une fierté.

 

Photo : drapeau de la fierté bisexuelle © Peter Salanki

 

 

La bisexualité mieux acceptée ?

La première enquête nationale sur la bisexualité publiée par SOS Homophobie dévoile plusieurs chiffres positifs. 85% des interrogés voient la bisexualité comme une «orientation sexuelle parmi d’autres» et 73% considèrent que les bis peuvent être sujets à des discriminations. On pourra toutefois nuancer la pertinence de cette étude en précisant qu’elle a été réalisée majoritairement sur Internet, sur la base du volontariat.
Première enquête nationale sur la bisexualité, à consulter sur www.sos-homophobie.org

Un Réponse à “La bisexualité toujours en butte aux préjugés”

  1. Yuki

    Reste bien encore à faire pour éduquer les mentalités à l’acceptation des différences…
    Courage à vous, amis bi 🙂

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