La crise, les sites et applications de rencontres et les réglementations peuvent-elles avoir raison de l’animation nocturne dans les lieux de sociabilité gays et lesbiens lyonnais ?

Lyon la nuit

 

Le 30 juin dernier, le bar lyonnais Le Domaine fermait définitivement ses portes. Faut-il y voir le symbole d’un essoufflement du milieu de la nuit gay et lesbien à Lyon ? Qu’en disent les premiers intéressés, patrons d’établissements et organisateurs de soirées travaillant dans le monde de la nuit gay lyonnaise ? La plupart de ceux avec lesquels nous avons pu nous entretenir résistent à la sinistrose : «oui, la nuit gay lyonnaise est dynamique, il y a plus de choses qui s’organisent aujourd’hui qu’autrefois, avec des locomotives comme La Garçonnière ou la TBM», estime ainsi Jean-Yves David, gérant de La Chapelle Café. «Mais il manque peut-être une grosse soirée internationale qui ferait venir à Lyon des gens de Genève, de Marseille, de Paris… C’est vrai qu’on croise souvent un peu les mêmes têtes : le public vient essentiellement de Lyon, du reste du Rhône ou de Saint-Étienne. Peut-être aussi que la proximité d’un gros parc d’attractions comme le Futuroscope, le Puy-du-Fou, le Parc Astérix ou Disneyland Paris donnerait davantage envie aux touristes étrangers de s’arrêter pour une ou deux nuits à Lyon». Même refus du défaitisme de la part de Lionel Maublanc, qui organise des soirées à Lyon depuis 1996 (dont La Garçonnière depuis cinq ans) : «pour connaître pas mal de villes de France, je pense que la vie gay lyonnaise ne se porte plutôt pas mal, en dépit de tout ce qu’on en dit. Il y a du choix malgré tout : deux clubs gays, une large palette de bars, plusieurs soirées avec chacune un public différent… Mais il faut savoir proposer des choses attrayantes !». Il tempère néanmoins : «c’est vrai que dans les années 90 et jusqu’au début des années 2000, les publics hétéros et gays se mélangeaient plus facilement. Aujourd’hui,l’impact de la crise est indéniable. Les gens ont changé leurs habitudes de sortie, ils vont moins sortir en semaine ou même le vendredi. Ce qui rend sans doute les choses plus compliquées pour les établissements que pour nous, les organisateurs de soirée».

«Un problème de société»

Annick et Sylvie, les deux gérantes du Marais, confirment ce pressentiment : «les femmes sont les premières victimes de la crise et on en ressent les effets sur notre clientèle, qui est plus jeune et dont le pouvoir d’achat a diminué». Au-delà de l’explication économique attendue, les patronnes de l’unique boîte lesbienne de France pointent également du doigt la politique de la Ville, accusée de favoriser la hausse des loyers (et donc des charges pour les établissements) en vendant son patrimoine immobilier à des fonds de pension. «C’est une politique de la terre brûlée au bénéfice des grandes multinationales comme Starbucks, McDonald’s, etc. et au détriment des petits commerces. Ce n’est pas sans conséquence sur le monde de la nuit, qui est moins sûr qu’autrefois : l’épicier de quartier qui fermait tard ou le boulanger qui travaillait tôt ont disparu et avec eux la tranquillité qu’ils apportaient. C’est tout le paradoxe d’une société de prohibition qui se veut hygiéniste mais où l’insécurité et les conduites à risque augmentent. C’est un problème de société avant d’être un problème de discothèques». Mais sans surprise, c’est du côté des organisateurs de soirées alternatives que l’on trouve le point de vue le plus critique sur le milieu de la nuit gay lyonnaise. «Lyon, c’est la belle endormie !» fulmine ainsi Chantal la Nuit, organisatrice des soirées Garçon sauvage et Bunny Slut Club. «On manque de lieux vraiment intéressants. La programmation musicale des bars et des clubs est la même partout, le public se ressemble aussi, les tarifs sont chers… J’ai l’impression qu’on me sert la même soupe depuis que je sors dans le milieu gay, c’est-à-dire depuis que j’ai seize ans… et j’en ai trente-cinq aujourd’hui ! Heureusement qu’il y a les soirées associatives, comme Es ist eine Poulette au Sonic, Le Bruit rose au Box Boys, tout ce qui tourne autour du Lavoir…» Si leurs constats peuvent donc s’avérer radicalement différents, les patrons d’établissements de nuit et les organisateurs de soirées du milieu gay et lesbien lyonnais partagent au moins cette conviction : dans un contexte économique déprimé, le monde de la nuit doit, plus que jamais, savoir se renouveler en permanence pour que la capitale des Gaules ne s’endorme pas… ni sur ses lauriers, ni tout court !

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