Arthur Dreyfus est journaliste, romancier et animateur radio sur France Inter, grand admirateur de l’œuvre de l’écrivain Tony Duvert (1945-2008).

Comment avez-vous découvert Tony Duvert ?

Arthur Dreyfus : Un peu par hasard, en achetant en poche, aux éditions de Minuit, un de ses livres dont je trouvais la couverture belle : L’Île atlantique. Il s’agit de son plus grand succès public, pour lequel il avait quelque peu édulcoré la violence de son écriture et de son propos afin de rendre le roman plus abordable. Ce livre m’a frappé, non pas par ce qu’il disait de la sexualité et de l’enfance mais par son écriture, notamment par sa faculté à saisir des langages, en particulier celui de l’enfance. Rien n’est plus difficile pour moi en littérature que cette tâche-là car on tombe très souvent dans le pastiche, la parodie et la reproduction. Il m’a semblé que Tony Duvert avait réussi à absorber totalement le langage des enfants, mais aussi celui de la campagne bretonne, où est située l’intrigue.

Ensuite, j’ai lu d’autres de ses romans, notamment Quand mourut Jonathan, qui m’a fasciné non pas tant par l’histoire d’amour entre un enfant et un homme qu’il raconte que par son degré puissant de réalité. Donc ce que je retiens avant tout de Duvert, au-delà de son rapport à l’enfance, c’est son talent d’écrivain, qui est immense. Plus tard, j’ai découvert ses écrits théoriques, comme L’Enfant au masculin et Le Bon Sexe illustré, dans lesquels il défend sa cause, réclame la liberté sexuelle pour les mineurs et répond aux critiques de Françoise Dolto, par exemple, qui voulait les protéger. Cela peut sembler hallucinant aujourd’hui mais à l’époque, c’était un vrai débat de société !

Ce qui m’a frappé dans ces essais, c’est leur violence inouïe contre la société et notamment contre les mères. Qu’on soit choqués ou non par ses propos, qu’on partage ou non ses points de vue, on ne peut qu’être admiratifs de leur qualité littéraire. Certaines personnes avec qui j’en ai parlé m’ont rétorqué : «pourquoi alors ne pas faire l’éloge des pamphlets antisémites de Céline ?». Mais à mes yeux, il existe une grande différence entre ces deux auteurs : même si Duvert était pédophile et a eu de nombreux rapports sexuels avec des enfants et des adolescents, il n’a jamais cherché à nuire, à exterminer, à rayer de la carte quelqu’un simplement en raison de sa naissance et n’a jamais fait preuve, que je sache, de violence au sens physique du terme.

Sa critique de ce que l’on nomme «l’enfance» ou de la cellule familiale vous semble-t-elle toujours pertinente ?

Arthur Dreyfus : Évidemment. Il faut toujours se souvenir que l’enfance est une notion relativement neuve, un concept freudien apparu avec le XXe siècle. D’un point de vue littéraire, je suis fasciné par la part d’enfance chez les adultes et par la part adulte chez les enfants. Pour moi, c’est une source d’inspiration inépuisable que d’essayer de “désenfantiser“ l’enfant et de “désadultiser“ l’adulte. L’enfance est par ailleurs une notion très vague, qui recouvre différents âges de la vie. Avoir des relations sexuelles avec un garçon de huit ans ou un garçon de quinze ans sont deux choses très différentes ; pourtant, pour la société et les médias, les deux sont considérées comme de la pédophilie. Je ne suis ni pédophile, ni favorable à la pédophilie, mais je trouve que la réflexion sur la sexualité des enfants est complètement hystérisée.

Votre prochain roman, à paraître en janvier chez Gallimard, aborde précisément ces thématiques…

Arthur Dreyfus : Il s’appelle Histoire de ma sexualité, en clin d’œil à Michel Foucault. C’est un récit de tous mes souvenirs sexuels ancrés dans mon enfance. Je suis parti du principe que la sexualité de l’enfance était taboue, alors que c’est une période de la vie très sexuelle. C’est aussi un livre sur le rapport à la vérité, dans lequel je me pose la question de l’autofiction, sur ce que cela signifie d’écrire sur soi et sur mon rapport à l’écriture. Il portera le nom de roman, parce qu’il contient beaucoup de choses inventées.

 

Arthur Dreyfus

_1986_ naissance à Lyon
_2010_ premier roman, La Synthèse du camphre (Gallimard)
_2011_ Le Livre qui rend heureux, essai (Flammarion)
_2012_ Belle Famille (Gallimard), deuxième roman inspirée de la disparition en 2007 de la petite Madeleine McCann
_depuis septembre 2013_ anime l’émission Encore heureux, du lundi au jeudi de 17h à 18h sur France Inter

 

Photo © Catherine Hélie / Gallimard

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