Il ne suffit pas d’avoir vingt ans et de créer le buzz sur Youtube avec une chanson provoc’ pour être subversif. Le dernier disque de la septuagénaire Brigitte Fontaine en est une parfaite illustration.

 

brigitte fontaine j'ai l'honneur d'etre heteroclite

 

De tous ces nouveaux artistes qui sont heureux d’attirer l’attention avec des polémiques de pacotille (une tenue de scène en viande fraîche, des propos homophobes ou des clips sexistes façon Robin Thicke), Brigitte Fontaine s’en fout. Elle n’est pas de ceux-là : sa plume est libre et provocante depuis belle lurette ; elle écrit et chante ce qu’elle veut depuis cinquante ans. Brigitte Fontaine, aujourd’hui mémé, se révèle pourtant bien plus pertinente et subversive qu’un jeune gugusse qui danse dans un clip cheap avec des femmes-objets. Pas besoin de scandale ni de projecteurs pour que J’ai l’honneur d’être, son dernier disque sorti en septembre, soit intéressant et même génial. Et pourtant, scandaleux, jeune et fun, J’ai l’honneur d’être l’est ! Au programme sur treize titres : des prisons, du blasphème, des pédés, de l’alcool. Mieux qu’un clip de 50 Cent !

Fontaine de jouvence

Le titre Crazy Horse ouvre l’album en relatant la descente aux enfers de Lola, «ogresse seule et folle, serpillère espagnole», qui finira internée et subira les sévices des directeurs d’institutions de détention qui la gavent en l’«étouffant de gros Tampax sanglants». Brigitte Fontaine blasphème aussi (Au diable Dieu) en qualifiant le Seigneur de «brûleur de vierges et lécheur de cierges». Quelques titres plus tard, elle aborde la question homosexuelle mais, loin de toute moralisation, c’est pour constater simplement que «les hommes préfèrent les hommes» avant de conclure sur «les femmes préfèrent les femmes, c’est un joli programme» : une prise de position naïve et dénuée de toute passion, à l’encontre des débats véhéments sur le mariage pour tous. Et quand elle ne s’amuse pas avec des sujets polémiques, elle devient une auteure subtile. J’ai l’honneur d’être contient ainsi de très beaux moments d’écriture. Delta, par exemple, est un autoportrait absolument somptueux dans lequel elle nous offre ses grandes métaphores percutantes et poétiques et où son phrasé, parfois tendrement risible, devient majestueux. Elle poursuit plus loin l’exercice de l’autoportrait avec le morceau J’aime, dans lequel elle se définit à travers sa passion pour la mode mais aussi son penchant pour l’alcool et sa répulsion pour «l’odieux café au lait, l’affreuse limonade, les bols de cidre fades». En 2009, Brigitte Fontaine chantait «je suis vieille et je vous encule». J’ai l’honneur d’être, en totale connexion avec la réalité, empreint de poésie, de fougue et d’humour, met plutôt en évidence son éternelle jeunesse.

J’ai l’honneur d’être de Brigitte Fontaine (Decca Records) / www.brigittefontaine.artiste.universalmusic.fr

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