Les Subsistances accueillent l’artiste transgenre Justin Vivian Bond, qui rejette la catégorisation hommes/femmes.

Ne l’appelez pas Madame. Ni Monsieur d’ailleurs. Justin Vivian Bond ne se reconnaît ni dans l’une ni dans l’autre de ces appellations et préfère, aux formules de politesse anglaises Mr. ou Ms., un titre honorifique de son invention : Mx. Aux pronoms he et she (il et elle), Bond a également substitué un nouveau mot-outil : v. Son initiative n’est pas la première “du genre“, si l’on ose dire : dès le milieu des années 60, des linguistes suédois avaient proposé d’introduire dans la langue de Strindberg un pronom neutre (hen), en complément des pronoms masculin (han) et féminin (hon). Rien de tel en français : c’est dire combien Justin Vivian Bond, ici plus encore qu’ailleurs, risque de faire sensation lors de sa venue à Lyon. À ses yeux, ce n’est pas seulement le genre qui est une performance : le sexe aussi n’est qu’une donnée arbitraire utilisée pour créer une hiérarchie favorable à ceux qu’on désigne comme “hommes“. Et puisque le genre et le sexe ne sont en définitive que des spectacles permanents de soi-même, c’est très logiquement sur scène que l’artiste exprime son refus du dualisme sexuel. À la fin des années 80, à San Francisco où il/elle réside alors, Bond créé ainsi avec son acolyte Kenny Mellman le duo Kiki & Herb : soit une vieille chanteuse alcoolique et acrimonieuse (Bond) et son pianiste gay (Mellman). Pendant près de vingt ans (avec une courte interruption en 2004), ce couple décati s’est produit aussi bien dans les cabarets les plus intimistes que dans les salles les plus prestigieuses (avec quand même deux passages au Carnegie Hall, excusez du peu), enchaînant les récitals dans lesquels les chansons des comédies musicales de Broadway ou de Britney Spears se mêlaient en un invraisemblable pot-pourri à celles de Nirvana. En 1994, Bond s’installe à New York, où il devient rapidement la coqueluche de tout ce que la Grosse Pomme compte d’artistes branchés, underground, queer et le plus souvent les trois à la fois. La reconnaissance de ses pairs, de la critique et du public ne l’éloigne pourtant pas de son combat : membre actif des Radical Faeries (un mouvement new age qui cherche à redéfinir la conscience queer à travers la spiritualité et la lutte contre l’hétéro-sexisme), il/elle débute en 2011 un traitement hormonal visant à féminiser son apparence, sans pour autant changer de sexe. «J’aime mon pénis et je le garde !» déclare ainsi Bond au magazine Out, le Têtu américain. Aux Subsistances, le festival Mode d’emploi lui demandera, comme à six autres artistes, de «faire le récit d’un constat personnel d’anormalité permanente ou momentanée» : qui mieux que lui/elle, en effet, peut pointer du doigt l’étrangeté de la norme ?

Rapport d’ano®malie, samedi 16 novembre à 20h aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent- Lyon 1 / 04.78.39.10.02

Photo : Justin Vivian Bond © Amos Mac

 

Bottin mondain

Parmi les amis et admirateurs déclarés de Justin Vivian Bond figurent entre autres : Jake Shears (Scissor Sisters), Kathleen Hanna (Le Tigre), Antony Hegarty (Antony & the Johnsons), Rufus Wainwright et même le regretté Lou Reed et sa femme Laurie Anderson, qu’on a pu voir à l’occasion pousser la chansonnette sur scène avec lui/elle. John Cameron Mitchell, le réalisateur de Hedwig & the Angry Inch, lui a également fait jouer son propre rôle dans son film Shortbus en 2006.

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