«Seule, éternellement seule» : c’est ainsi que Simone de Beauvoir décrit sa protégée Violette Leduc (1907-1972).

 

La solitude est originelle : enfant d’un fils de famille et d’une bonne, Violette Leduc est née «bâtarde». Dans la correspondance de Simone de Beauvoir, dont elle est démesurément amoureuse et qui se refuse à donner davantage que son amitié, Violette Leduc apparaît également sous le surnom de «la femme laide» : c’est là une seconde tache de naissance. Deux blessures suffisamment profondes pour que, toute sa vie, Violette Leduc soit fiévreuse et passionnée, rageuse et destructrice. L’écriture est son seul salut. Selon son biographe Carlo Jansiti, la littérature «est la vie même, la seule possible». Comme Jean Genet, avec lequel elle partage la bâtardise, l’homosexualité et la marginalité, Violette Leduc «transforme ses malédictions sociales en œuvre d’art». L’Asphyxie, publié en 1946, est le premier d’une dizaine de romans magnifiques, célébrés par les grands écrivains de son époque mais relativement confidentiels jusqu’à La Bâtarde en 1964. Violette Leduc y décrit l’opprobre de sa naissance et l’infamie qui la marquent à jamais, l’amour et la sexualité, dans ses expressions les plus physiques, avec une hardiesse que nulle n’avait osée avant elle. Nourrie par des textes inédits, de nombreux extraits de correspondance et des témoignages, la biographie de Carlo Jansiti donne une large place aux amitiés et aux passions dévorantes de Violette Leduc. Outre Simone de Beauvoir, trois hommes homosexuels y occupent une place centrale : Jean Genet, l’écrivain Maurice Sachs, qui, le premier, la poussa à écrire et le parfumeur Jacques Guérin. Avec les femmes comme avec les homosexuels dont elles s’éprenaient à la folie, Violette Leduc était excessive et exclusive, mais toujours habitée d’une même passion. Elle décrit celle-ci, dans une lettre que livre Carlo Jansiti et où elle cite Marcel Jouhandeau, comme «l’expérience du danger» : «on n’est jamais prémuni par aucune passion contre une passion nouvelle. (…) On sait attendre dans le feu une attaque plus grave d’un feu plus dangereux et dans le dénuement se préparer à un autre dénuement, plus proche encore de la nudité dernière, entière qui est le commencement du pur amour».

Violette Leduc de Carlo Jansiti (Grasset)

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