Gérard Collomb, sénateur-maire sortant de Lyon et candidat de la liste Évidemment Lyon (PS, PRG et GAEC), dévoile son bilan et ses propositions pour défendre les droits LGBT à l’échelon municipal.

Gérard Collomb heteroclite mars 2014La contestation du mariage pour tous a été très forte à Lyon ; ne l’avez-vous pas encouragée en vous montrant compréhensif envers les manifestants ou en vous prononçant contre la PMA et la GPA au moment des débats ?

Gérard Collomb : J’ai voté la loi “mariage pour tous“. Jamais je n’ai encouragé ce mouvement [La Manif pour tous, NdlR] dont je ne partage pas la vision de la société. Mais il y a en France un droit à manifester auquel je suis attaché. Je regrette les violences qui ont pu émailler ce mouvement et la libération d’une parole homophobe qui s’en est suivi. Sur la PMA et la GPA, j’ai effectivement estimé que cette loi n’était pas l’outil législatif adapté pour traiter de ces deux sujets.

Bien des questions d’éthique se posent encore car ce sont des sujets ô combien sensibles. Il me semble cependant que les revendications des associations sont légitimes. Mais s’il faut toujours souhaiter une progression des droits, il faut aussi savoir engager un dialogue sur ces questions et préparer ainsi l’acceptation de la société. La PMA existe en France depuis les lois bioéthiques de 1994. Nous devons, évidemment, mettre un terme aux discriminations qui subsistent encore dans nos lois entre les couples de femmes et les couples hétérosexuels.

Quel est le sens de la présence sur vos listes de Jean-Dominique Durand, un proche du cardinal Barbarin, alors que vous avez voté en faveur du mariage et de l’adoption pour tous ?

Gérard Collomb : Nous partageons avec Jean-Dominique Durand une même ambition pour Lyon. La liste Évidemment Lyon est représentative de la diversité de la société française et de ce qu’est Lyon aujourd’hui. Jean-Dominique Durand est un historien reconnu et un professeur des Universités apprécié. Issu du catholicisme social, il s’est engagé dans la vie de la Cité pour un meilleur vivre ensemble. Il s’est aussi opposé avec force au négationnisme qui a sévi pendant de nombreuses années à Lyon III. Il n’a jamais émis publiquement de réserve contre la loi “mariage pour tous“ que j’ai voté, au Sénat, avec conviction. Votre journal est un antidote contre les préjugés à l’encontre d’une minorité, évitons d’en avoir à l’encontre d’un homme en raison de sa religion.

Beaucoup d’associations LGBT lyonnaises vivotent faute de moyens ; allez-vous approfondir le soutien financier engagé sous vos précédentes mandatures, par exemple via des conventions pluriannuelles d’objectif ?

Gérard Collomb : Les associations LGBT et de lutte contre le sida sont nombreuses et dynamiques. Je me suis fortement mobilisé pour les soutenir. Le montant global des subventions a significativement augmenté depuis mon élection en 2001. Il s’élève, aujourd’hui, à plus d’un million d’euros, sur l’ensemble du mandat. Au-delà des subventions, nous avons également mis à disposition des associations du matériel municipal, des équipements sportifs et des salles municipales. Aujourd’hui, l’enjeu pour les associations est de pouvoir bénéficier d’une stabilité financière. C’est pourquoi, pour la prochaine mandature, je proposerai un pacte associatif qui confortera la relation de confiance qui existe entre les structures associatives et la municipalité et qui pérennisera le soutien de la Ville dans un cadre pluriannuel.

Y aura-t-il, au sein du futur Hôtel-Dieu, un Pôle régional de Santé proposant IVG et dépistage du VIH en centre-ville ?

Gérard Collomb : Depuis 2001, la promotion de la santé est au cœur de mes priorités. Je suis conscient des coupes drastiques de l’État dans les budgets alloués aux actions de prévention VIH/IST. Je sais aussi que l’arrivée des TROD [Tests Rapides d’Orientation Diagnostic, NdlR] a fortement ponctionné le budget des associations. Mon engagement en soutien aux projets portés par des associations comme l’Association de Lutte contre le Sida (ALS), Keep Smiling, AIDES ou encore Chrysalide se poursuivra. Toujours aux côtés des bénévoles, je re-dynamiserai la Journée mondiale de lutte contre le sida.

S’agissant du Pôle régional de Santé, la réflexion au sein de mon équipe municipale a déjà commencé, en lien avec des associations de santé et le travail se poursuivra. J’implanterai, au cœur de la ville, un Centre de Santé sexuelle. Ce projet sera construit en lien étroit avec les acteurs du secteur. Mon souhait, a priori, est que ce lieu puisse regrouper des associations de santé communautaire, des professionnels de la santé et de l’écoute et qu’il propose des services de prévention contre les discriminations, de dépistage anonyme des IST et du VIH et d’information sur la santé sexuelle et le bien-être.

www.twitter.com/gerardcollomb

 

 

PMA : Collomb change d’avis

Il y eut un temps pas si lointain où Gérard Collomb faisait partie, au sein de la majorité socialiste, de ceux qui plaidaient pour l’abandon de la promesse faite par François Hollande d’ouvrir la PMA à toutes les femmes. Il estimait alors que «la priorité, c’est la lutte contre le chômage plutôt que les réformes sociétales» (Les Échos, 31 janvier 2013). Au-delà de la question du timing, c’était bien une opposition de fond à ces mesures qui animait ses prises de position sur le sujet puisqu’il déclarait le 5 février 2013 sur la chaîne Public Sénat : «je suis contre la PMA et la GPA, on s’arrête là pour moi». Mais ça, c’était avant…

Dans ses réponses (rendues publiques fin février 2014) à un questionnaire envoyé aux candidats aux municipales par l’Association des familles homoparentales, le sénateur-maire de Lyon opère un spectaculaire tête-à-queue par rapport à ses déclarations antérieures sur la PMA. «La liste Évidemment Lyon a conscience que cette loi [ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, NdlR] n’est pas suffisante et qu’elle ne répond pas à toutes les attentes : insémination artificielle pour les couples de femmes (autorisée en Belgique et en Espagne), délégation de l’autorité parentale, présomption de parentalité… La République doit protéger tous les enfants et toutes les familles. Nous devons mettre un terme aux discriminations qui subsistent encore dans nos lois», peut-on ainsi y lire. Une phrase reprise mot pour mot dans l’interview qu’il nous a accordée (cf. ci-dessus)…

À trois semaines des élections municipales, reste à savoir si ce revirement relève de l’opportunisme politique, comme le dénoncent ses adversaires électoraux de gauche, ou constitue de sa part «une belle avancée» et «une preuve de l’évolution des mentalités», comme le soulignent ses partisans.

 

Photo de Une © Arthur Empereur

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