Le psychologue Olivier Piet-Bordier est président de l’Association lyonnaise de santé mentale (ALSM), qui organise des séances d’écoute psychologique en milieu festif homosexuel.

alsm Olivier Piet Bordier psychologue president Association lyonnaise de sante mentale avril 2014 heteroclite séances d’écoute psychologiqueComment est né votre projet de créer un dispositif d’écoute à destination des homosexuel(le)s ?

De la rencontre, en décembre 2012, de plusieurs personnes : des psychologues, comme Julien Cadeau (qui travaille avec l’association Le Refuge) et moi-même, qui avons fondé l’Association lyonnaise de santé mentale (ALSM), et des préventologues, comme Sébastien Cambau, délégué régional de l’équipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises [ENIPSE, ex-SNEG Prévention, NdlR] et Colette Coudeyras, présidente de Virages Santé. Ensemble, nous avons monté ce projet parce que nous étions tous conscients que la dimension psychologique est extrêmement importante dans le domaine de la prévention du VIH et des autres IST, mais qu’elle n’est pas suffisamment prise en compte. Nous avons rapidement été rejoints par d’autres personnes intéressées et notre petit groupe compte aujourd’hui une dizaine de bénévoles. Après un an de réflexion et de préparation, notre première permanence s’est tenue le 14 janvier au bar La Ruche.

D’où est venue l’idée ? Vous a-t-elle été soufflée par des acteurs du milieu homosexuel ?

La demande est venue de beaucoup de personnes, notamment de patrons ou d’employés d’établissements gays mais aussi du monde associatif. Tous s’accordaient à faire état d’un grand besoin en matière de santé mentale et de la nécessité d’y répondre. Cela a rendu plus simple la recherche de partenaires, puisque tous les établissements que nous avons sollicités ont accepté d’accueillir nos permanences.

Ce dispositif d’écoute cible-t-il uniquement les gays ou s’adresse-t-il également aux lesbiennes ?

Il est ouvert à tous, sans distinction de sexe, de genre, d’âge ou d’orientation sexuelle. Pour pouvoir toucher le public le plus large possible, nous souhaitons organiser des permanences dans différents types d’établissements : des bars gays, des bars lesbiens, des bars fréquentés par une clientèle jeune et d’autres fréquentés par une clientèle plus âgée, etc. Nos intervenants ne sont pas toujours les mêmes non plus : ce peuvent être des hommes ou des femmes, suivant le public auquel nous nous adressons.

Comment se déroulent ces permanences ?

Nous intervenons toujours en binôme : un professionnel de l’écoute (en l’occurrence un psychologue-clinicien) et un préventologue. Nous essayons d’aller au contact des clients du bar en démarrant par une conversation informelle et sans enjeu et en les amenant progressivement à la possibilité, s’ils le souhaitent, d’échanger quelques minutes (en moyenne entre vingt et trente) avec le psychologue à l’écart des autres clients et du bruit. Cela peut être à l’étage ou dans un fumoir, suivant la disposition de l’établissement. Ce premier contact permet ensuite d’orienter les personnes qui en ont besoin vers des structures spécialisées et des rendez-vous plus réguliers. Les gens savent en général pourquoi nous sommes là : ils en ont souvent été informés par le bouche-à-oreille, via Facebook ou par le patron ou les employés du bar. Durant nos premières permanences, nous avons ressenti un vif intérêt pour notre dispositif d’écoute et cela facilite évidemment les échanges.

Quelles sont les souffrances psychologiques que vous rencontrez le plus souvent au cours de ces permanences ?

Ce sont en général celles qui tournent autour d’un sentiment de solitude et d’abandon, des questions de l’identité et du regard des autres. Le rapport à la famille et à la société revient également très fréquemment. Ces souffrances peuvent se traduire par des risques accrus d’addiction (à l’alcool ou aux drogues) ou par des pratiques sexuelles non-protégées.

 

 

Conseils à la carte

Les permanences d’écoute mensuelles de l’Association lyonnaise de santé mentale (ALSM) ont lieu un mois sur deux à La Ruche et le mois suivant dans un autre bar. Après La Chapelle Café en février, c’est ainsi le XS Bar qui accueillera l’ALSM en avril. Soucieux d’adapter en permanence leur dispositif d’écoute en fonction de leur expérience, les intervenants de l’association ont imaginé, pour éveiller la curiosité des clients, un jeu de cartes sur le modèle du “sex-tarot“ utilisé par l’ENIPSE. Les cartes sont réparties en cinq thématiques (famille, amour, amitié, travail, sexualité) que l’on peut associer à différents vécus et ressentis (colère, abandon, peur, bien-être, rejet, addiction, etc.). Les intervenants espèrent que leurs interlocuteurs auront plus de facilité à exprimer leur souffrance psychologique par ce biais ludique.

 

 

Permanences d’écoute :

Jeudi 17 avril de 19h à 21h au XS Bar, 19 rue Claudia-Lyon 2 / 04.78.38.24.33
Mardi 13 mai de 19h à 21h à La Ruche, 22 rue Gentil-Lyon 2 / 04.78.37.42.26

Un Réponse à “L’ALSM propose des séances d’écoute psychologique pour les LGBT”

  1. Haesevoets Yves-Hiram

    Félicitations pour cette initiative combien utile et nécessaire en ces temps pourris où l’identité du sujet humain est sans cesse mise à mal par des considérations sectaires/intégristes et liberticides,…

    YH Haesevoets
    Psychanalyste/Bruxelles

    Répondre

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