En inscrivant la gestation pour autrui (GPA) au mot d’ordre de la 19ème Marche des Fiertés LGBT de Lyon, la Lesbian & Gay Pride de Lyon ouvre un débat salutaire.

Droits des trans, PMA, IVG, gestation pour autrui, prostitution : réunir autant de combats si distincts sous la même bannière était un défi casse-gueule, tant le risque était grand d’aboutir à un mot d’ordre fourre-tout amalgamant entre elles des causes a priori fort éloignées. La Lesbian & Gay Pride de Lyon s’en sort pourtant avec les honneurs, en synthétisant toutes ces luttes en une seule : celle du droit inaliénable de chaque individu à disposer librement de son propre corps, un droit aussi fondamental que celui des peuples à disposer d’eux-mêmes.

De toutes ces revendications, la plus polémique est sans doute celle demandant la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), actuellement interdite dans notre pays. C’est la première fois en France, à notre connaissance, qu’une Marche des Fiertés LGBT inclut cette thématique dans son mot d’ordre. Le sujet est loin de faire consensus chez les féministes, les militants LGBT… ou même au sein de la rédaction d’Hétéroclite (voir le dossier que nous consacrons à cette question).

Une GPA « altruiste » existe déjà

On peut comprendre les appréhensions légitimes de celles et ceux qui s’inquiètent de la condition des mères porteuses, notamment lorsque la gestation pour autrui s’accompagne, non pas seulement d’un dédommagement pour les frais liés à la grossesse, mais aussi d’une rétribution financière. Et de fait, la motivation économique est bien présente chez celles qui acceptent d’endosser ce rôle en Inde, en Russie, en Ukraine, aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande. Mais, comme pour la prostitution, est-ce nécessairement une raison suffisante pour interdire la gestation pour autrui ?

gestation pour autrui heteroclite juin 2014

Il est incontestable que des cliniques peu scrupuleuses se livrent à des pratiques éthiquement douteuses en profitant abusivement de la détresse financière des femmes les plus pauvres ; mais de même que le trafic d’organes n’est pas un argument sérieux pour s’opposer au don d’organes, les dérives auxquelles la GPA commerciale donne parfois lieu ne doivent pas être invoquées pour s’opposer à la légalisation d’une GPA organisée en-dehors de tout rapport marchand en France.

Car dans notre pays, les associations LGBT qui ont pris position en faveur de la gestation pour autrui demandent toutes que celle-ci soit encadrée et «altruiste», comme c’est le cas en Australie, au Canada (à l’exception du Québec), en Géorgie, à Hong-Kong, en Israël, en Belgique, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, au Danemark… Bref, dans des pays très différents mais où le niveau de vie et la condition des femmes ne sont pas toujours inférieurs à ce qu’ils sont en France.

Un combat qui s’annonce très long

On objectera que cette revendication n’a aucune chance d’aboutir à court ou moyen terme ; c’est exact puisque toutes les forces politiques représentées au Parlement (y compris celles de gauche) y sont opposées et que les très rares élus qui y sont favorables sont minoritaires jusque dans leur propre parti. Heureusement, sur les questions dites «sociétales», les convictions peuvent évoluer rapidement et varier selon la posture électoraliste du moment. La preuve : les mêmes socialistes qui, en 1999, lors du vote du PACS, juraient leurs grands dieux que jamais, ô grand jamais, ils ne légaliseraient le mariage entre personnes du même sexe, ne s’y sont-ils finalement pas ralliés moins de quinze ans plus tard ? Vous voyez, tout espoir concernant la GPA n’est donc pas perdu…

 

Photo de Une extraite du documentaire Naître père

10 Réponses à “Gestation pour autrui : ouvrons le débat !”

  1. babeil

    Que le mouvement gbt ait besoin de se cacher sous une bannière féministe en mêlant droit à l’ivg à des revendications anti-féministes (pma, gpa, droit des trans, prostitution) révèle la pauvreté de l’argument sur la liberté de disposer de son corps et la difficulté de défendre la marchandisation du corps humain sans passer par la récupération de luttes externes. C’est ainsi que la fraction masculine du mouvement homo-trans se découvre soudainement des vertus anti-raciste et féministe, et envoie en première ligne des noirs et des femmes se sacrifier afin de défendre publiquement l’asservissement humain que les hommes blancs gays n’ont pas le courage de défendre eux mêmes….et qu’il est plus aisé de défendre au nom d’un pseudo anti-racisme et pseudo féminisme. Quand il s’agit de son business de la chair fraiche, le mouvement gbt est prêt à tout et devient solidaire de toutes les luttes humanistes qui veulent bien s’y associer. Les féministes françaises ne sont pas dupes et constatent, malheureusement un peu tardivement, que les alliances et convergences passées brèves et limitées ne sont pas synonymes d’assimilation, union et compatibilité des luttes. L’imposture gbt a toujours été de faire croire l’inverse.

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  2. Dutrieux

    « Quand il s’agit de son business de la chair fraiche, le mouvement gbt est prêt à tout… » : Babeil se sert d’un refus de la GPA pour exprimer clairement ses pré-supposés… homophobes. Voilà un ami de la vie pour tous bien hypocrite et honteux ! La GPA (désintéressée et donc sans rémunération pour la mère porteuse) sera bientôt reconnue par le droit et la société française, n’en déplaise aux réactionnaires de tous poils !

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  3. babeil

    D’abord il ne s’agit pas que de gpa mais aussi de prostitution. Ensuite, je ne vois pas quelle âme charitable voudrait porter dans son ventre durant des semaines l’enfant d’un autre couple sans même recevoir la moindre pécune. La gpa à des fins humanitaires n’existe que dans les contes de fée. Légaliser la gpa gratuite n’empêche en rien les deux parties de conclure une transaction financière en douce, ce qui revient d’une certaine façon à une gpa commerciale non officielle. C’est d’ailleurs ce qui se produit systématiquement dans les pays où c’est autorisé.
    Pour conclure, nul besoin d’être homophobe pour s’indigner de la marchandisation des corps humains. Je maintiens que aujourd’hui seuls les consommateurs de chair fraîche trouvent cela normal.

    P.S: Dutrieux, sans blague, vous pensez sincèrement que les femmes sont des pondeuses et vont porter vos gosses juste pour vos beaux yeux?

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    • Dutrieux

      « Nul besoin d’être homophobe » dites-vous… Il suffit de vous lire pourtant pour comprendre que vous l’êtes, même si vous ne l’assumez pas pour rester dans des limites légales… Si je me trompe tant mieux, et il n’appartient qu’à vous de me le dire : écrivez que vous approuvez sans réserve le mariage des homosexuel(le)s (avec les mêmes droits que les couples hétérosexuels), et que vous approuvez sans réserve le droit des homosexuel(le)s à adopter des enfants (au même titre que les couples hétérosexuels stériles)…
      Quant au reste, les femmes ne sont pas des pondeuses car elles ne sont pas des poules.
      Et votre vision serait moins manichéenne si vous interrogiez un peu vos certitudes erronées au lieu de chercher à faire semblant de réfléchir.
      La GPA vous dérange parce que vous ne voulez pas que des femmes portent « nos » gosses…(les gosses des homosexuels suggérez-vous sans oser le dire explicitement : courage !) Pour éviter cela, tous les arguments sont bons, même ceux qui ramènent toutes les motivations de chaque être humain à la recherche d’argent…
      L’amour n’a pas de place dans votre raisonnement : j’espère sincèrement qu’il en a dans votre vie personnelle.
      Pour ma part, je n’ai rien d’autre à vous dire.
      La lutte contre l’homophobie est un combat ; un combat pacifique mais déterminé.
      Et l’homophobie est un délit.
      Adieu donc, et bonne chance !

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    • Romain Vallet

      On pourrait aussi se demander, a priori, quelle âme charitable voudrait donner un rein ou un autre de ses organes (ce qui est bien plus dangereux pour la santé qu’une grossesse) sans même recevoir le moindre pécule. Et pourtant, des milliers de personnes le font chaque année…

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  4. babeil

    Je ne vois pas où est l’homophobie de s’opposer à une gpa qui pour info est interdite en france à tous, hétérosexuels et gays.
    Quant au don d’organes, il a au moins le mérite de sauver des vies, des gens censés peuvent comprendre que l’objectif est louable. La gpa est un luxe de couples en pleine forme, dont les vies ne sont pas en danger et qui trouvent encore le moyen de pinailler sur des questions génétiques alors que l’alternative de l’adoption est possible. Imaginer que des femmes puissent éprouver la moindre compassion pour ce genre de couples et acceptent de leur rendre service à titre gratuit, c’est vraiment les prendre pour des idiotes et des esclaves.

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  5. Rémi

    Avoir un enfant quand on s’aime, c’est une façon de sublimer l’amour qu’on a pour l’autre et de prolonger son destin au-delà de sa propre existence. Les couples gay sont en cela comme tous les couples, naturellement.
    Ce désir existe aussi forcément chez une personne ne vivant pas en couple, femme ou homme.
    La GPA est donc une solution, et dans une approche plus affective ; la possibilité d’une joie immense.

    Mais si on fait porter à l’enfant qui naît, conçu naturellement tout l’amour de ses géniteurs – c’est heureusement vrai le plus souvent, bien que pas toujours non plus – la situation devient moins romantique lorsqu’un tiers apparaît, et la seule idée de la gestation dans le corps d’une autre fait débat.

    La location de ventre, ça existe !
    Un enfant porté par une femme pour un couple, sans engagement financier et par abnégation, ça peut exister !
    Comment faire que l’une des solutions soit écartée au profit de l’autre ?

    Le débat et la discussion démocratique sont là pour en débattre.

    A ce point du débat je me permets de faire valoir la demande des enfants nés sous X et de regarder la GPA par le prisme de la recherche de ses origines. Les enfants nés sous X devenus des adultes souhaitent connaître leur origine. Ils sont plus le plus souvent à la recherche d’une histoire de couple, une histoire familiale qu’à la recherche d’un papa ou d’une maman que l’adoption leur a donné.
    Si on accepte le principe sans contrôle de la GPA, on accepte de fait que l’accès aux origines personnelles ne sera pas possible, cela me pose problème.

    A ce jour, je pense que la GPA pour qu’elle soit un beau geste d’amour, doit se « concevoir et se construire » dans un projet à au moins trois personnes. Dans un cercle lié par une amitié ou une connaissance/reconnaissance déjà forte par exemple, où l’enfant à venir pourra trouver sa place et grandir avec des repères clairs et forts. Dans le cadre de communauté de vie, par exemple, etc..Cela exclurait la location de vente et pourrait générer en plus d’un enfant une belle histoire d’amitié.

    Pour que l’enfant naisse toujours de l’amour entre des humains, quel qu’ils soient.

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