Le réalisateur espagnol aura l’honneur de recevoir le prix Lumière à l’occasion du festival qui se tiendra du 13 au 19 octobre. Pedro Almodóvar assume son homosexualité, thème dont il traita de manière originale et libérée en 1987 dans son premier film explicitement gay, La Loi du Désir. Au programme également: une nuit de terreur devant la saga Alien, Michel Legrand, Isabelle Rossellini et comme toujours des rétrospectives.

Impossible d’apposer un lieu de naissance précis à la littérature ou à la musique. Le cinéma, lui, a bien vu le jour Rue du Premier-Film et c’est en ce lieu chargé d’histoire qu’il est désormais d’usage de dévoiler le programme du Festival Lumière. Il était tentant de spéculer quant à l’identité de celui ou celle à qui succéderait au très populaire Quentin Tarantino, lauréat du prix Lumière en 2014. Celui-ci avait considéré cet honneur comme « un encouragement à faire toujours mieux ». Une leçon retenue par les organisateurs du Festival eux-mêmes. Thierry Frémaux, le directeur de l’Institut Lumière a dû le reconnaître : il sera ardu de faire mieux que l’édition 2013 qui avait rassemblé 135 000 festivaliers autour de 272 séances de cinéma, expositions et rencontres. C’est donc l’imposant Pedro Almodóvar qui marchera sur les traces de Quentin Tarantino (prix Lumière 2013), Ken Loach (Prix Lumière 2012) ou encore Milos Forman (Prix Lumière 2010). Le réalisateur de Tout sur ma mère, Volver ou encore Femmes au bord de la crise de nerfs sera accompagné de sa muse, l’actrice Pénélope Cruz qui a tourné dans six de ses films, dont Volver.

Pedro Almodóvar, le roi du mélodrame

Rappelons que Pedro Almodóvar figure parmi les grands représentants contemporains du mélodrame, genre cinématographique où les sentiments extrêmes et les passions tourmentées sont reines. Ce genre fut réinvesti, réinventé dans les récentes années par des cinéastes homosexuels – Almodóvar bien sûr, mais aussi François Ozon (Angel), Todd Haynes (Loin du Paradis) – en partie parce qu’il offre la possibilité de traiter de sujets tels les amours interdits et la sexualité réprimée. À défaut de récompenser une femme cette année, c’est un réalisateur qui a su les sublimer et n’a pas hésité à en faire ses héroïnes qui aura l’honneur de recevoir le prix Lumière cette année. « Almodovar : Mi Historia Del Cine », une sélection de films élaborée par le réalisateur espagnol sera présentée dans le cadre du festival.

Hommage à la cinéaste Ida Lupino

Des hommages seront par ailleurs rendus à l’actrice et réalisatrice Isabella Rossellini (Blue Velvet) ainsi qu’au réalisateur Canadien Ted Kotcheff (Wake in Fright, Rambo) qui seront tous deux présents. Ce sera l’occasion de découvrir leur œuvre, en allant pourquoi pas, voir Rambo en version entièrement restaurée ! L’acteur Coluche sera également célébré avec des versions restaurées de Banzaï et Tchao Pantin.

Ida Lupino et Humphrey Bogart dans "La Grande Evasion" (1941)

Ida Lupino et Humphrey Bogart dans La Grande Évasion (1941)

Le Festival continue de s’intéresser à l’Histoire des femmes cinéastes avec à l’honneur cette année la pionnière Ida Lupino (1918-1995) dont la très prolifique carrière a duré 48 ans. Elle a abordé dans ses films réputés provocants à l’époque, des thèmes comme la sexualité et l’indépendance. Elle met en scène des mâles dangereux, imprévisibles, semblables finalement aux femmes telles qu’elles étaient dépeintes par les réalisateurs de l’âge d’or du film noir.

Une Nuit Alien à la Halle Tony Garnier

La désormais traditionnelle Nuit à la Halle Tony Garnier célébrera la saga Alien : les quatre versions successives de Ridley Scott, James Cameron, David Fincher et Jean-Pierre Jeunet devraient tenir éveillés les spectateurs sans problème. D’autant plus que l’on peut espérer la présence de l’icône queer Sigourney Weaver. Il est déjà possible de réserver des places.

Sigourney Weaver dans Alien (1986)

Sigourney Weaver dans Aliens (1986)

Le Festival accueillera un invité d’honneur en la personne de Michel Legrand, compositeur pour le cinéma, primé à trois reprises aux Oscars et auteur notamment des bandes-originales des Demoiselles de Rochefort et d’Un été 42. Il sera accompagné de Stéphane Lerouge, restaurateur et spécialiste de bandes originales de films qui présentera un programme inspiré par le mot de Nietzsche : « Sans la musique, le cinéma serait une erreur ».

Rétrospectives Sautet, Capra et Leone

Parce que le Festival Lumière fête également les films d’hier, trois grandes rétrospectives sont prévues. Le temps de Claude Sautet (1960-1995) rendra hommage au réalisateur Français qui a notamment fait tourner Yves Montant et Romy Schneider dans César et Rosalie. Le cinéaste Américain Frank Capra (Mr Smith au Sénat) sera également salué tant pour son parcours hors du commun que pour sa filmographie. Enfin, « un certain Bob Robertson », autrement dit Sergio Leone à ses débuts, fera l’objet d’une rétrospective où l’on pourra redécouvrir l’inoubliable Pour une Poignée de Dollar restauré et sur grand écran.

Pour animer le Festival, on peut compter sur l’actrice Catherine Frot qui chantera Boby Lapointe dans un concert préparé et improvisé. On pourra par ailleurs apprécier deux ciné-concerts à l’Auditorium, un colloque consacré au cinéma classique, une sélection des meilleurs documentaires sur le cinéma et tant d’autres événements organisés en marge du Festival.

Le prochain rendez-vous est fixé au lundi 13 octobre prochain à 19h45, pour la cérémonie d’ouverture. Comme toujours, le programme de la soirée reste auréolé de mystère, mais il est d’ores et déjà possible d’acheter ses places via le site internet du Festival.

 

Photo Pedro Almodóvar © Ruben Ortega

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