Daniel Bizeray, le nouveau directeur du festival d’Ambronay à l’impatience retenue, parle de sa programmation avec jubilation et gourmandise.

 

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Est-ce compliqué de s’asseoir sur le fauteuil d’Alain Brunet, directeur historique du festival d’Ambronay ?

Non, c’est très confortable parce qu’il existe une longue amitié entre Alain Brunet et moi depuis trente ans. J’avais amené Philippe Herreweghe au festival il y a fort longtemps. Régulièrement, j’ai acheté des productions de l’Académie baroque européenne d’Ambronay lorsque j’étais directeur de l’Opéra de Rennes puis de l’Opéra-théâtre de Saint-Étienne, dont la saison 2010-2011 s’était ouverte par une coproduction entre la Biennale de la danse et le festival d’Ambronay. En outre, l’équipe du festival était préparée de longue date à ce changement de direction. Évidemment, lorsqu’on arrive, on est observé ; il y a des décisions à prendre qui ne sont pas toujours simples parce qu’on arrive souvent à des moments de bascule. On était à la fin d’un cycle et on enchaîne sur un autre. Pour ma part, j’ai beaucoup « bourlingué » dans la musique ancienne comme dans l’opéra, avec une ouverture extrêmement large, allant du médiéval au contemporain. Alain Brunet, lui, était vraiment spécialiste de la musique baroque et de ce territoire, tout en ayant réussi à développer Ambronay à l’international.

 

On sait qu’Alain Brunet a ouvert la musique baroque à d’autres formes musicales. Quid de votre patte à présent ?

L’idée d’Alain Brunet d’ouvrir à d’autres formes était multiple. Il fallait s’abstraire des contingences liées à l’Abbatiale, qui empêchent de faire de la musique qui n’est pas sacrée. Le chapiteau offre ainsi un terrain de liberté musicale et permet de faire venir du public à des prix plus modérés sur d’autres propositions. Nous avons donc le jeune public le dimanche après-midi, le public du samedi pour le jazz et les musiques du monde et le public de l’Abbatiale. Le nouveau rendez-vous que j’ai créé pour cette édition 2014, ce sera un after chaque samedi soir à 22h30. Son but est de faire se rencontrer le public qui sort de l’Abbatiale et celui qui sort du chapiteau. Pour l’after du samedi 27 septembre, par exemple, j’ai proposé à Keyvan Chemirani, un percussionniste iranien formidable, de rencontrer le luthiste Thomas Dunford et Jean Rondeau, notre nouveau prodige du clavecin pour une improvisation à trois. J’ai très envie qu’il se passe quelque chose entre eux, pour la suite… Jean Rondeau est un claveciniste remarquable mais c’est également un pianiste de jazz hors pair. Il évolue dans toutes sortes de musiques et fait partie de ces jeunes qui ne se sont pas limités à un seul domaine. C’est pareil pour Thomas Dunford, qui joue aussi de la guitare. Ils vont pouvoir se lâcher sans aucune contrainte, juste pour se faire plaisir…

 

Hormis les afters, quelles sont les nouveautés de cette édition 2014 ?

Ambronay va inaugurer en 2014 le festival Eeemerging, pour les ensembles européens émergents, dans le cadre d’un nouveau programme intitulé « Europe créative », qui incite au suivi de l’émergence de jeunes artistes européens. Cette année est une année de transition, mais à partir de 2015, sur la centaine de candidatures que nous allons recevoir, nous allons sélectionner six ensembles pour la première année, ensuite quatre pour la deuxième et enfin deux pour la troisième.

 

Votre coup de cœur pour cette édition 2014 ?

L’ensemble Correspondances, dirigé par Sébastien Daucé autour d’un programme consacré au compositeur Marc-Antoine Charpentier (samedi 13 septembre à 20h30 à l’Abbatiale). Sébastien Daucé, c’est quelqu’un avec à la fois une ambition énorme et à une absence totale de prétention. Mon autre coup de cœur, c’est La Passion selon Saint-Jean de Jean-Sébastien Bach, dirigé par par Itay Jedlin dans une version «retour aux sources» (vendredi 19 septembre à 20h30 à l’Abbatiale). Personne ne connaît Jedlin qui se produit pour le moment uniquement à Paris et commence à décoller un peu.

 

Festival d’Ambronay, du 12 septembre au 5 octobre au Centre culturel de rencontre, place de l’Abbaye-Ambronay / 04.74.38.74.04 / www.ambronay.org

 

Repérages

Nouvelle direction + nouvelles orientations = petit séisme à Ambronay, où Daniel Bizeray impose son style à la fois fermement et en douceur à travers les propositions alléchantes qui parsèment une programmation joyeuse, rythmée, multicolore, aux saveurs musicales du monde entier. Des astucieuses « mises en oreilles » (des rencontres avec les chefs d’orchestre avant chaque concert) aux ateliers d’initiation (au violon tango, au chant baroque, aux percussions du monde…), des master-classes aux concerts en tous genres pour finir obligatoirement par les afters, il y en a pour tous. Il faudra en particulier jeter une oreille attentive à la soirée d’ouverture (vendredi 12 septembre à 20h30 à l’Abbatiale) durant laquelle Leonardo García Alarcón, jeune chef habitué des lieux, dirigera des madrigaux et des mélodies traditionnelles siciliennes : ce qui sort de sa baguette est toujours hypnotique… Du côté du chapiteau, la soirée Jazz baroque (samedi 20 septembre à 21h), qui réunira Les Musiciens du Louvre Grenoble et le collectif La Forge, est à ne rater sous aucun prétexte. Sans oublier bien sûr les afters, où musiciens et mélomanes vont prendre le risque de se rencontrer…

 

Photo 1 : le cloître de l’abbaye d’Ambronay (© Jean-Claude Pertuzé)

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