Parce que le contexte politique l’exige, la revendication d’un changement d’état civil libre et gratuit pour les personnes trans et intersexes doit devenir la priorité des militants LGBT.

 

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Samedi 18 octobre, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris à l’occasion de la dix-huitième Existrans, la marche des personnes trans et intersexes et de leurs soutiens. Bien sûr, on était loin de l’affluence de la énième Manif pour tous organisée quinze jours plus tôt mais, par les temps qui courent, les occasions de se réjouir sont trop peu nombreuses pour ne pas se sentir ragaillardi.e.s par cet indéniable succès.

La revendication principale portait cette année sur le changement d’état civil libre et gratuit pour les personnes trans et intersexes, une promesse électorale faite durant la campagne de 2012 mais que la majorité actuelle a, une fois de plus, bien du mal à tenir. Pourtant, ces manifestants avaient raison d’insister pour que les engagements pris soient respectés, ainsi que le souligne Gwen Fauchois sur son blog.

Dans un texte publié deux jours plus tôt, l’ancienne vice-présidente d’Act Up-Paris appelait «les gouines et les pédés» à se solidariser de la cause trans et à placer le changement d’état civil libre et gratuit en tête de leur agenda politique commun. À toutes les bonnes raisons qu’elle donne pour cela, on pourrait en rajouter une autre : d’autres batailles se gagneront (ou se perdront) dans la rue ou dans nos communautés, mais cette revendication est peut-être la dernière mesure législative importante qui ait une chance d’aboutir d’ici la fin de la législature actuelle (et donc avant très longtemps, si l’on considère comme probable le retour au pouvoir de la droite en 2017).

La PMA ? On a bien compris que c’était mort et enterré, merci. La GPA ? N’en parlons même pas… En revanche, le changement d’état civil libre et gratuit, et c’est là sa chance, semble jusqu’à présent être passé sous les radars de La Manif pour tous et de ses alliés, même si leurs délires sur le genre visent bien sûr indirectement les personnes trans et intersexes. De fait, le gouvernement n’a pas encore eu l’occasion de sacrifier une autre de ses promesses sur l’autel de «l’apaisement» (sic) et il faut en profiter avant qu’il ne le fasse.

Des parlementaires écologistes, et à présent socialistes, se sont penchés ces derniers mois sur la question et ont commencé à esquisser les contours d’une future proposition de loi. En l’état, celle-ci est jugée grandement insatisfaisante, voire régressive, par les associations trans. Mais c’est justement pour cela qu’il faut dès à présent que le mouvement LGBT accentue sa pression sur ces parlementaires (dont l’engagement contre l’homophobie et la transphobie, pour certains, est sincère et indiscutable) afin qu’ils revoient leur copie. Et il faut faire comprendre au gouvernement qu’il est de son intérêt de ne pas entraver et même de soutenir la démarche de ces parlementaires issus de son propre camp, ne serait-ce que pour préserver le peu de crédibilité qu’il lui reste auprès des citoyens LGBT.

Pur cynisme électoraliste ? Oui, mais peu importe que le changement d’état civil libre et gratuit soit voté avec sincérité ou avec des arrières-pensées politiciennes, pourvu qu’il soit voté. Le temps presse avant que la fenêtre de tir dont nous disposons ne se referme et c’est pourquoi il faut sans plus tarder que les militants LGBT fassent de cette revendication leur priorité. Car, pour parodier un vieux slogan électoral usé jusqu’à la corde et qui paraît désormais bien naïf après tant de reniements, le changement d’état civil libre et gratuit, c’est maintenant… ou dans très longtemps.

Photos : Existrans 2014 © Antoine Idier

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