Le metteur en scène Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Étienne depuis 2011, s’intéresse au couple gay dans le cinquième épisode de la série théâtrale Dr. Camiski et l’esprit du sexe. Il nous a reçu pour parler de ce spectacle qui est joué à la Cité du Design, sur le site où se trouveront prochainement les nouveaux locaux du théâtre stéphanois.

 

Arnaud Meunier directeur de la Comedie de Saint-Etienne heteroclite copyright Jean-Louis FernandezQuelles sont les origines du projet théâtral Dr. Camiski et l’esprit du sexe ?
Les deux auteurs, Pauline Sales et Fabrice Melquiot, se sont inspiré des séries télévisées et notamment de In treatment, où un psy reçoit ses patients dans son cabinet. Ils ont remplacé le psy par un sexologue (Dr. Camiski) et écrit une série autour du sexe, sujet finalement assez peu traité au théâtre. Ils ont conservé la structure feuilletonnesque avec le comédien récurrent, qui joue le sexologue. Chacun des metteurs-en-scène, issus des Centres dramatiques nationaux (CDN) partenaires, peut ensuite lui adjoindre des personnages invités. Les auteurs ont défini la thématique de chaque épisode de Dr. Camiski et l’esprit du sexe en amont et invité les metteurs-en-scène à choisir celui qu’ils voulaient traiter. Moi, j’ai choisi de mettre en scène le cinquième épisode, sur un couple homosexuel qui veut adopter.

Quelles sont les raisons de votre choix pour cet épisode ?
Je me suis dit que je n’avais jamais eu l’occasion de traiter cela sur scène, que c’était peut-être l’opportunité de travailler sur le plateau des questions qui me touchent. Mais quand j’ai choisi l’épisode, il n’était pas encore écrit, je ne savais pas encore ce qu’il raconterait.

Dans quelle mesure avez-vous collaboré avec les auteurs ?
On s’est beaucoup vus durant l’été. J’avais choisi mes comédiens – Anthony Poupard et Martin Kipfer – qui ont des âges différents, donc j’en ai discuté avec les auteurs, en leur disant qu’il y avait sûrement quelque chose à traiter sur l’écart générationnel. De leur côté, ils avaient déjà en tête que l’un des personnages serait chef-cuisinier et l’autre issu du monde de la culture. Je leur ai dit que c’était intéressant de creuser du côté de la différence d’âge, de la différence de milieu, du fait que le militantisme reste au cœur des préoccupations d’un des personnages alors que l’autre pense qu’il n’y a plus grand-chose à défendre ou à revendiquer. Et ils m’ont suivi sur ces thématiques. Au final, le résultat est très proche des discussions que nous avons eu ensemble et interroge le fonctionnement du couple homo ou encore le rapport de chacun à la paternité.

Qu’elles ont été vos sources d’inspiration pour mettre en scène ce couple gay ?
Les deux choses qui m’ont vraiment inspiré, ce sont le livre Retour à Reims de Didier Eribon (sur le rapport à la province et à l’émancipation) et mes couples d’amis homos, chez qui on retrouve souvent une différence d’âge. La question de la paternité, qui se pose ici à travers le désir d’enfant, se pose aussi pour moi à travers le désir de transmission. Il n’est pas rare que, dans les couples homos, il y en ait un qui joue le rôle de Pygmalion et aide l’autre à se révéler. On est alors dans une sorte de paternité alternative.

 

dr. camiski et l'esprit du sexe arnaud meunier pauline sales fabrice melquiot heteroclite copyright jean-louis fernandez

 

Selon vous, qu’apporte la structure sérielle de Dr. Camiski et l’esprit du sexe au théâtre ?
En tant que metteur-en-scène, ça nous met dans une situation particulière : nous sommes sept et nous avons une coresponsabilité, un cahier des charges à respecter. On partage le même espace, le même éclairagiste, le même scénographe, on ne choisit pas tous nos collaborateurs artistiques. C’est donc un beau défi de mise-en-scène et, pour le spectateur, c’est un clin d’œil agréable aux codes de la série télévisée : les épisodes sont courts et les gens en voient deux dans une soirée ou peuvent suivre l’intégralité de Dr. Camiski et l’esprit du sexe en fin de saison. Cette forme feuilletonnesque crée une complicité un peu différente. C’est intéressant, notamment, de voir les réactions du public par rapport au traitement de la sexualité : les jeunes sont très réceptifs, là où les adultes sont un peu plus gênés, parce que c’est assez cru. Dans mon épisode, par exemple, le sexologue cherche à savoir pourquoi le couple ne pratique plus la sodomie. Mais, au-delà de la trivialité qui fait sourire, les questions soulevées nous ramènent à l’intime, à nos doutes, à ce que nous sommes.

Et qu’est-ce que le théâtre apporte au dispositif sériel ?
J’attends de voir comment va réagir le public, mais ce n’est pas exactement la même chose d’entendre parler de lavements et de pénétration au milieu de trois cent spectateurs seul face à son écran. La représentation théâtrale pousse à se confronter à sa propre pudeur.

 

Dr. Camiski et l’esprit du sexe – épisodes 5 et 6, les 21 et 22 janvier à la Passerelle – site de la Manufacture, 3 rue Javelin Pagnon-Saint-Étienne / 04.77.25.14.14 / www.lacomedie.fr

Photos : épisode 3 de Dr. Camiski et l’esprit du sexe et portrait d’Arnaud Meunier © Jean-Louis Fernandez

 

Précédemment dans Dr. Camiski et l’esprit du sexe…
Vous avez raté les premiers épisodes de la série et vous avez peur d’être largué-e ? Pas de panique, chaque épisode peut se voir indépendamment des autres. Mais si vous voulez tous les voir et ainsi découvrir un peu mieux les personnalités du mélancolique Dr. Virgile Camiski (interprété par Vincent Garanger) et de sa chienne incontinente Junon, la Comédie de Saint-Étienne organise une intégrale (toujours à la Passerelle) le samedi 6 juin à partir de 16h. Chaque épisode est par ailleurs filmé et sera mis en ligne sur le site Culturebox : les deux premiers peuvent déjà être visionnés sur www.culturebox.francetvinfo.fr.

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