Alexandre Chevalier est éducateur-sexologue et coordinateur des actions de prévention de l’Association de Lutte contre le Sida (ALS) à Lyon.

 

Alexandre Chevalier association de lutte contre le sida lyon heteroclitePourquoi créer un centre de santé sexuelle à Lyon alors qu’il existe déjà une offre de dépistage du VIH importante, des permanences de santé associatives ou tout simplement des sexologues ?
Alexandre Chevalier : Le grand intérêt des centres de santé sexuelle, c’est de fédérer plutôt que de cloisonner. En France, on a une tendance très forte au cloisonnement de chaque discipline : médecins, psychologues ou assistants sociaux travaillent chacun de leur côté. Ce qui fait la richesse des centres de santé sexuelle, c’est justement de travailler en équipe pluridisciplinaire, d’arriver à rassembler différents corps de métier et à les faire s’entendre sur un même langage pour poser un diagnostic commun sur la personne qui vient nous voir afin de l’appréhender dans sa globalité.

Avez-vous rencontré des réticences lors de l’élaboration du projet de centre lyonnais ?
Alexandre Chevalier : Non, pas vraiment de réticences, mais davantage une certaine incompréhension. Le concept de santé sexuelle n’est pas encore tout à fait rentré dans les mœurs. Ce n’est pas évident pour tout le monde d’admettre que les préjugés, les discriminations, les stéréotypes liés à la sexualité ont un impact sur la santé, même si cette idée commence à faire son chemin. Par exemple, lorsque l’ALS a monté un événement intitulé «le Printemps de la jupe et du respect», qui traite des questions d’égalité entre femmes et hommes, nos financeurs ne comprenaient pas pourquoi une association de lutte contre le sida s’engageait sur ces thématiques. On a dû leur expliquer que les stéréotypes sont parfois le premier frein à la prévention et que si on ne travaillait pas là-dessus, nos messages de prévention ne seraient jamais entendus.

Quel premier bilan tirez-vous de vos permanences de santé sexuelle lancées début octobre ?
Alexandre Chevalier : Il est trop tôt pour répondre à cette question. Sachant que ces permanences sont provisoires, nous n’avons pas cherché à les faire connaître et nous n’avons accueilli jusqu’à présent qu’une demi-douzaine de personnes : une femme trans et cinq hommes gays. La femme trans est venue nous voir pour effectuer un test rapide de dépistage du VIH, car elle avait pris des risques, mais aussi parce qu’elle rencontrait des difficultés à trouver un logement qui étaient directement liées à sa transidentité, ou plutôt à la transphobie. La santé sexuelle, c’est un concept englobant qui demande de prendre en compte les personnes dans toutes leurs dimensions, notamment sociales : le logement en fait donc aussi partie… Les hommes gays, quant à eux, venaient pour des prises de risque répétées, liées à l’usage de drogues, sur lesquelles ils sentaient qu’ils perdaient petit à petit toute maîtrise. Notre rôle n’est pas de juger mais de les inviter à s’interroger sur leurs pratiques : pourquoi ces prises de risques ? Que leur apportent-elles ?

Les populations LGBT sont-elles plus enclines que les autres à parler de leur sexualité avec des personnels de santé ?
Alexandre Chevalier : Pas forcément. Je n’ai pas l’impression que cela soit ancrée dans la culture de la communauté LGBT. La plupart des gays que nous avons reçus s’ouvraient de leurs problèmes à un médecin pour la première fois. Ils disaient qu’ils n’avaient jamais pensé à se faire suivre ou accompagner, parce qu’ils n’en voyaient pas l’utilité. À la rigueur, les gays vont voir leur généraliste s’ils ont un problème physiologique, une infection ou quelque chose qui ne va pas. Et ils vont bien sûr se faire dépister. Mais aller voir un sexologue pour un problème d’ordre psychologique ou s’interroger sur leurs pratiques sexuelles, ils n’y pensent même pas. C’est peut-être parce que la sexologie reste encore très hétéro-normée : elle s’intéresse d’abord aux couples hétérosexuels et plus fréquemment aux hommes qu’aux femmes. Par ailleurs, on présente souvent l’accompagnement sexologique dans le cadre de la vie conjugale. Or, beaucoup de gays ne se reconnaissent pas dans ce modèle. Il y a donc des représentations qu’il faut faire évoluer et c’est l’un des buts de ces permanences.

Permanences de santé sexuelle, les mardis de 17h30 à 21h à l’Association de lutte contre le sida, 16 rue Pizay-Lyon 1 / 04.78.27.10.10 / www.sidaweb.com

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