Le cinéma lesbien fait fréquemment appel à des campagnes de financement participatif. Pleines d’idées, les réalisatrices lesbiennes ? Oui. Pauvres ? Aussi !

Katherine Brooks cinéma lesbien heterocliteTous ceux qui surfent sur le Net en 2015 connaissent le crowdfunding. Que ceux qui n’ont jamais été virtuellement approchés par une demande de financement participatif se rassurent, cela ne tardera pas. S’agit-il là d’un effet de mode ? Oui, mais surtout d’un effet de crise. Si les artistes dits mainstream connaissent des difficultés pour produire leurs films, l’affaire est encore plus compliquée pour les homos. Et ne parlons pas de la cinquième roue du carrosse : les lesbiennes ! Nombre de réalisatrices souhaitant faire un film traitant de l’homosexualité féminine vivent un parcours semé d’embûches, entre préjugés et frilosité des producteurs. Lors d’une interview à Yagg en mars 2014, la réalisatrice cubano-américaine Anna Margarita Albelo résumait très bien la situation : «traditionnellement, depuis quinze, vingt ans, le cinéma qui récolte le moins, qui paie le moins et qui est le moins soutenu est le cinéma lesbien». De nos jours, les lesbiennes paieraient encore le fait d’être à la fois des femmes, reléguées au second plan, et des homosexuelles, encore trop marginales, trop tabous. Les réalisatrices Cheryl Dunye et Katherine Brooks ne peuvent que donner raison à leur consœur. Chacune dans leur domaine d’exploration (les trans, les blacks et les rapports sociaux chez Dunye, la complexité des rapports amoureux chez Brooks), elles ont dernièrement fait appel à des plateformes de crowdfunding pour financer leurs créations. Même Nicole Conn, pionnière du genre, a fait un détour par le Net pour vanter les mérites de son nouveau projet filmographique.

Beaucoup d’huile de coude

Alors quel avenir pour le cinéma lesbien ? Sans doute celui que les réalisatrices auront décidé de lui donner. Finalement, ce manque de moyens n’est-il pas une chance, celle de pouvoir mener un projet comme on l’entend, sans devoir se plier aux règles contraignantes des majors ? Pour son long-métrage Qui a peur de Vagina Wolf ?, Anna Margarita Albelo savait qu’elle avait «une équipe super professionnelle, un projet ambitieux mais pas de moyens». Elle a alors donné de son corps et de sa personne pendant deux ans pour présenter son projet, dans les rues, lors des Gay Prides et des festivals LGBT américains, affublée de son désormais célèbre costume en forme de vagin. Et elle en a tiré un film drôle, intelligent et militant. Le pouvoir des réseaux sociaux et amicaux est incroyable et constitue aujourd’hui un refuge pour celles qui travaillent en dehors des schémas de production classiques. Et elles sont nombreuses, puisqu’à l’heure actuelle, on ne voit qu’une seule réalisatrice lesbienne, Céline Sciamma, capable de dépasser les frontières de la communauté LGBT, même avec des films traitant d’homosexualité ou de transidentité…

 

 

À voir prochainement

Outre Qui a peur de Vagina Wolf ? cité ci-contre, de nombreux projets de films lesbiens (courts- et longs-métrages) sont en développement ou ont déjà été réalisés grâce au crowdfunding. Citons par exemple Black is Blue, dernière réalisation en date de la cinéaste afro-américaine Cheryl Dunye, sorti en juin dernier et qui a depuis tourné dans plus d’une quinzaine de festivals aux États-Unis et en Europe. Ce court-métrage de dix-huit minutes dépeint la vie de Black, un homme trans noir travaillant comme agent de sécurité. Les campagnes de financement participatif des prochains films de Nicole Conn et Katherine Brooks se sont quant à elles achevées récemment et ont permis de récolter 42 000$ pour le premier (intitulé Nesting Doll)… et plus de 105 000$ pour le second (Confidential) !

 

Photo 1 : Kingston Farady dans Black is Blue, court-métrage de la réalisatrice lesbienne Cheryl Dunye financé par crowdfunding © DR
Photo 2 : Katherine Brooks © DR

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