Diffusée en 2012 à la télévision suédoise, Snö est une mini-série racontant, en trois épisodes, l’irruption du sida à Stockholm dans les années 80.

«C’était comme une guerre en temps de paix. […] De jeunes hommes tombaient malades, devenaient maigres, faibles et mourraient». Ainsi commence chacun des trois épisodes de la minisérie suédoise Snö (Torka aldrig tårar utan handskar en VO, soit littéralement «n’essuie jamais de larmes sans gant»). Ce formidable feuilleton télévisuel (qui a réuni un tiers des téléspectateurs suédois lors de sa diffusion en 2012) raconte comment deux garçons d’une vingtaine d’années se rencontrent et tombent amoureux dans le Stockholm du début des années 80, comment ils se créent une deuxième famille au sein de la communauté gay et comment leur conte de fées est brutalement fracassé par l’irruption du sida.

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Manège temporel et mélancolie

Snö est construit selon une forme singulière qui alterne des temporalités différentes : il ne s’agit pas de simples flashbacks mais d’un va-et-vient permanent entre les époques. Une scène se déroulant durant l’enfance de l’un ou l’autre des deux garçons succède ainsi à une autre qui dépeint leur première rencontre et précède une troisième s’ouvrant sur le dernier chapitre de leur passion. Une manière de dire que l’intérêt de la série ne réside pas dans son dénouement (explicite dès les premiers plans) mais plutôt dans la peinture, par de courtes scènes qui sont autant de petites touches impressionnistes, d’une époque et d’un amour fauchés par le sida. Ce manège temporel tourbillonnant donne à Snö sa beauté mélancolique et ambivalente, entre le souvenir toujours présent du bonheur passé et la conscience que ce monde de l’innocence a été englouti par l’arrivée du sida.

Snö s’inscrit dans le sillage de plusieurs œuvres récentes qui s’efforcent de construire une mémoire homosexuelle des premiers temps de l’épidémie : citons le documentaire We Were Here ou des fictions comme Test (qui sortira en France le 1er avril prochain sous le nom de San Francisco, 1985). On ne peut, bien sûr, que se réjouir de ce regain d’intérêt des gays et des lesbiennes pour leur propre histoire, tout en s’interrogeant sur son possible revers : faute d’un intérêt comparable pour l’actualité de l’épidémie, ne risque-t-on pas de ne voir le sida que comme «une maladie des années 80» ?

 

Snö de Simon Kaijser, en DVD chez Outplay

 

Photo de Une : Adam Pålsson et Adam Lundgren dans Snö

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