La demande de la fin de l’interdiction faite aux gays de donner leur sang ne doit pas nous faire oublier que le sida reste avant tout « une maladie de pédés ».

Le serpent de mer de l’ouverture aux homosexuel-le-s du don du sang, cette promesse régulièrement remise sur la table mais jamais concrétisée, a encore fait parler de lui le mois dernier. Quoiqu’on pense sur le fond d’une possible levée de l’interdiction actuellement faite aux gays et aux lesbiennes de donner leur sang (interdiction en vigueur depuis le début de l’épidémie de sida), les arguments qui sont avancés pour demander la fin de cette exclusion sont particulièrement frappants. À lire les commentaires laissés par les internautes sur les réseaux sociaux et les sites d’information LGBT, il apparaît très clairement qu’en 2015, beaucoup de gays ne veulent plus à aucun prix être associés aux personnes vivant avec le VIH. Plutôt que de lutter contre le stigmate qui frappe la séropositivité, on préfère le rejeter pour soi-même.

Les statistiques qui rappellent qu’en 2012, 43% des nouvelles contaminations au VIH concernaient des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) sont rarement évoquées dans ces débats concernant le don du sang. Pas plus que celles qui indiquent, comme le soulignait un récent article du Monde, que «le nombre de personnes contaminées par le VIH est 65 fois plus élevé parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes que parmi les hétérosexuels» ou que «le nombre de nouvelles infections enregistrées chaque année dans cette population est 200 fois plus élevé». Et, quand elles le sont, c’est pour expliquer ces chiffres par l’usage accru que feraient les gays de l’offre de dépistage – un argument recevable mais qui n’explique pas tout.

Déni des stastistiques

On se souvient peut-être des cries d’orfraie et des accusations d’homophobie qui avaient accueilli les résultats de l’enquête Prévagay en 2009. 18% des hommes gays qui avaient accepté de se faire dépister puis de répondre à un questionnaire étaient séropositifs au VIH. Mais ces résultats avaient été aussitôt contestés par de nombreux gays au prétexte que l’enquête avait été menée auprès de clients des établissements de sexe parisiens, où la prévalence du VIH est supposée plus forte qu’ailleurs. Le tout nappé d’un discours puritain et moralisateur contre les «mauvais gays» qui fréquentent les lieux de sexe et pratiquent le multi-partenariat, accusés d’être des débauchés salissant l’image et la réputation de la communauté.

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Bien peu avaient alors noté, comme le faisait Didier Lestrade sur le regretté site Minorites.org, que «ce qui [était] montré comme un biais de l’enquête (le fait que ces résultats soient récoltés dans des les «lieux de sociabilité» gays) [était] peut-être, aussi, un biais qui contribue à une réduction fictive de la prévalence du sida chez les gays parisiens». À l’heure où la majorité des rencontres sexuelles entre gays ne se font plus dans des sex-clubs mais sur Internet ou via des applications, il n’est pas impossible en effet que ceux qui continuent d’aller au bordel soient mieux informés sur le sida (et donc mieux protégés) que les autres.

Une affaire de minorités

Beaucoup, dans la communauté LGBT, se donnent des excuses pour ne pas regarder cette réalité en face : aujourd’hui encore, et même si personne n’est immunisé contre le VIH du fait de son orientation sexuelle ou de son statut social, le sida reste une affaire de minorités. Une maladie de pédés, de putes et de migrants, non pas exclusivement mais pour la majorité des nouvelles contaminations. Et ce n’est pas parce que le Sidaction vient de se terminer qu’il faudrait l’oublier jusqu’au 1er décembre.

 

Photos extraites du documentaire américain We Were Here (2011), qui traite de l’apparition du sida à San Francisco au début des années 80
Photo 2 : Bobbi Campbell (1952-1984), activiste gay anti-sida et première personne à rendre publique sa séropositivité

2 Réponses à “Le sida est toujours une « maladie de pédés »”

  1. ERIK61/MATZ

    Je suis (100 %) et UNIQUEMENT ! Pédé (et ENCULE) ;
    mais JE NE SUIS PAS D’ACCORD SUR LE FAIT QUE PEDE = SIDA (ou SIDA = PEDE
    Erik

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