Entre couscous et danse du ventre, Radhouane El Meddeb réactive les stéréotypes pour mieux les dépasser et engager un échange autour des notions de corps et de partage des cultures.

Comédien formé à Tunis, Radhouane El Meddeb a travaillé au Théâtre National de Toulouse et joué au cinéma avant de s’intéresser à la danse à partir de 2005. C’est en 2008 qu’il crée l’un des deux spectacles joués ce mois-ci au Toboggan de Décines, Je danse et je vous en donne à bouffer. Au cours de ce dernier, qu’il interprète seul en scène, Radhouane El Meddeb propose une performance chorégraphiée autour de la préparation d’un couscous. À travers ce plat emblématique du Maghreb, El Meddeb se reconnecte de manière évidente avec ses origines tunisiennes mais il convoque également des souvenirs plus personnels.

Le couscous renvoie en effet non seulement aux évènements marquants de la vie, tels que les naissances, les mariages et les deuils, mais aussi à un savoir-faire familial, à une transmission inter-générationnelle. Cuisine et danse sont alors deux manières de célébrer la vie, le plaisir et la sensualité tout autant que le partage, le public étant invité à déguster le plat à la fin de la représentation.

Fais-moi du couscous, chéri

Cette idée de partage, on la retrouve également dans le second spectacle de Radhouane El Meddeb proposé au Toboggan, Au temps où les Arabes dansaient… Là encore, le chorégraphe s’attaque à un cliché de la culture maghrébine, et plus largement arabe, à travers la danse du ventre. Le temps auquel le titre fait référence, c’est celui des grandes comédies musicales égyptiennes et libanaises qui ont fait l’âge d’or du cinéma oriental, entre les années 40 et 60 et auxquelles ont contribué tous les grands noms de la scène musicale arabe, Oum Kalsoum en tête. Sous-titré «danse engagée», le spectacle est manifestement un pied de nez à la chape de plomb que l’intégrisme religieux a abattu sur le monde arabe.

Radhouane El Meddeb je_danse et je vous en donne a bouffer copyright Carolina Lucchesini

Expression de la sensualité et du désir, la danse du ventre est aussi la manifestation de la liberté des corps et de l’appel à la jouissance. La danse de Radhouane El Meddeb devient alors acte de résistance et appel à l’éveil des consciences, ce qui n’est pas sans rappeler le propos du film Le Destin (1997) du réalisateur égyptien Youssef Chahine. Les quatre hommes qui interprètent la chorégraphie d’El Meddeb s’emparent de ces mouvements de bassin d’ordinaire réservés aux femmes et à quelques marginaux pour fissurer l’image de sexisme qui colle bien souvent au monde arabe et permettre un dialogue nouveau entre les cultures. Se moquant des assignations de genres et des interdits sectaires, le couscous et la danse du ventre de Radhouane El Meddeb dépassent au final le simple folklore pour offrir des armes culturelles dans la lutte contre l’obscurantisme.

Je danse et je vous en donne à bouffer, vendredi 10 avril
Au temps où les Arabes dansaient…, mardi 28 avril
Au Toboggan, 14 avenue Jean Macé-Décines / 04.72.93.30.00 / www.letoboggan.com

 

 

Aux origines de la «danse du ventre»

C’est au XIXème siècle que l’Occident se passionne pour les raqs sharqi (ou raqs baladi), qu’il traduit aussitôt par l’expression «danses du ventre» (une dénomination impropre car c’est bien le corps tout entier, et non pas seulement le ventre, qui est mis en mouvement par ces chorégraphies). Cet intérêt participe à la vogue orientaliste, un mouvement artistique dont le développement coïncide avec celui de la colonisation européenne des pays arabes et dans lequel se mêlent fascination pour l’Orient, exotisation, essentialisation et sentiment de supériorité à l’égard d’une culture (artificiellement homogénéisée) présentée comme décadente (et donc à même d’être «civilisée» par les Européens). Mais la «danse du ventre» a des origines bien plus anciennes, puisqu’elle remonterait aux rites de fertilité de la Mésopotamie antique.

Photo 1 : © Agathe Poupeney / PhotoScene
Photo 2 : © Carolina Lucchesini

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