Carlos Díaz revisite Antigone dans une version burlesque, où la dérision, le travestissement et la poésie débarquent sur le plateau pour changer la tragédie grecque en œuvre épique contemporaine.

Il y a fort à parier que peu d’entre nous connaissent le travail de Carlos Díaz, metteur en scène cubain à la tête du Teatro El Público depuis 1992. Il y a plus de chances en revanche que le public rhônalpin ait déjà vu le film Fraise et chocolat. Cette peinture d’une société cubaine prise en étau entre les conséquences du blocus américain et les interdits castristes (et notamment la condamnation de l’homosexualité), adaptée d’une nouvelle de Senel Paz, avait été montée au théâtre par Carlos Díaz avant qu’elle ne devienne un film. Avec Antigonón, le spectacle qu’il propose ce mois-ci à Grenoble, le metteur en scène continue de s’intéresser au fonctionnement de la société cubaine en allant puiser l’inspiration dans les mythes fondateurs : d’un côté celui d’Antigone, hérité de la tradition grecque, de l’autre les textes de José Martí, penseur de la révolution et de l’indépendance cubaines.

Réflexion sur la figure ambiguë du héros ou de l’héroïne

À l’image du quotidien des habitants de La Havane, la pièce semble un peu foutraque, faite de bric et de broc. On y mélange volontiers les genres : théâtre, danse, performance. Les interprètes y pratiquent le travestissement, se dénudent ou se rhabillent. Les costumes y sont étincelants et sont pourtant le fruit de la récupération. L’exubérance des corps et des situations est toutefois propice à une réflexion autour de la figure du héros et sur comment celui-ci peut être récupéré et instrumentalisé par le pouvoir. Antigonón pourrait être traduit par «Super-Antigone» ou «Antigonissime» et c’est bien des excès d’Antigone qu’il s’agit ici, figure à la fois de la rébellion contre le pouvoir en place qui refuse de céder au nom d’idéaux supérieurs et d’un entêtement acharné qui finit par se révéler contre-productif.

Antigonon rogelio horizondo carlos Díaz heteroclite copyright Yuris Norido

Jumelé aux poèmes de José Martí tels que Le Père suisse, Je rêve de cloîtres de marbre et Abdala, le mythe antique se prête alors à une interprétation nouvelle, venant éclairer l’histoire de l’île et son évolution politique.

 

Antigonón, les 19 et 20 mai à la MC2, 4 rue Paul Claudel-Grenoble / 04.76.00.79.79 / www.mc2grenoble.fr

 

Photos © Yuris Norido

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