Sage-femme devenu baryton, Mathieu Gardon a sans conteste un parcours atypique. Rencontre avec un jeune homme qui préfère prendre son temps que brûler les étapes.


 

mathieu gardon heteroclite copyright sebastien jourdanVous venez de jouer dans Carmen, mis en scène par Oliver Py. Comment êtes-vous arrivé sur la scène de l’Opéra de Lyon ?
Mathieu Gardon : J’ai toujours chanté. J’ai commencé à la maîtrise de Mâcon puis, quand ma voix a mué, j’ai repris le chant au conservatoire de Mâcon, puis à l’École nationale de musique de Villeurbanne et enfin au Conservatoire national supérieur de musique (CNSM) de Lyon. Mais même si j’ai toujours désiré faire de la musique, je ne souhaitais pas arrêter les études générales. Après mon bac, j’ai ainsi commencé des études de médecine. En 2010, j’ai obtenu mon diplôme de sage-femme et j’ai travaillé trois ans à mi-temps à l’hôpital, passant le reste du temps au CNSM. Puis, fin 2012, j’ai eu suffisamment de propositions pour devenir chanteur à temps complet.

En 2013, vous êtes une des révélations classiques de l’Administration des droits des artiste et musiciens interprètes (ADAMI) ; en 2014, vous êtes nominé aux Victoires de la musique classique… Comment vivez-vous ces récompenses ?
Mathieu Gardon : C’était plutôt des surprises et des bonnes nouvelles. Cela m’a apporté des opportunités que je n’ai pas toutes acceptées, car elles n’étaient pas adaptées à ma voix. Je préfère prendre le temps de faire les choses correctement. Une voix de baryton atteint sa maturité vers l’âge de trente ans. Malheureusement, certains chanteurs brûlent les étapes et le regrettent quelques années plus tard. Certains doivent même s’arrêter de chanter. Je laisse donc ma voix évoluer naturellement. Il y a suffisamment de rôles dans lesquels je me sens bien et d’autres que je travaille calmement.

Jusqu’à présent, vous avez beaucoup chanté Rameau, Debussy, Ravel…
Mathieu Gardon : Je suis un jeune baryton et un baryton assez aigu. Les répertoires qui me conviennent sont donc ceux de la musique baroque et du XXème siècle. C’est une esthétique que j’aime beaucoup. Ce sont des répertoires où l’on attend moins une couleur sombre que dans les œuvres des périodes classique et romantique. J’aborderai donc les rôles de ce répertoire un peu plus tard.

Quelle est la part du comédien dans votre travail ? Comment avez-vous abordé le rôle du Dancaïre dans ce Carmen à la mise en scène foisonnante d’Olivier Py ?
Mathieu Gardon : Je me suis énormément amusé. Selon les productions, le Dancaïre n’est pas toujours un rôle très important. Ici, le côté exubérant d’un travesti ouvrait de multiples perspectives et permettait d’explorer et d’expérimenter beaucoup de choses. Du point de vue du jeu, c’était même plus simple que certains rôles qui demandent de la subtilité ou plus de profondeur, comme Ramiro dans L’Heure espagnole de Ravel. Après, il y a la vision du metteur en scène d’une part et les contraintes acoustiques et vocales d’autre part qui doivent s’accorder pour obtenir un équilibre sonore. Une fois le compromis trouvé, les metteurs en scène ont des exigences de jeu identiques à celles qu’ils ont pour des comédiens.

Le public d’opéra est parfois extrêmement sévère. La production lyonnaise de Carmen a eu ses détracteurs, Idoménée en janvier dernier a provoqué quelques huées… Quels sentiments éprouve-t-on quand cela se produit ?
Mathieu Gardon : On ne joue pas pour les critiques mais pour le public. Même si, dans une salle entière, il se trouve une seule personne qui apprécie la représentation, c’est pour elle qu’on va jouer. Un spectacle, c’est une performance collective ; ce sont des techniciens, des chanteurs, un orchestre, un metteur en scène. On a le droit de ne pas aimer une représentation, et cela m’arrive. Mais on peut partir, ne pas applaudir. Huer une représentation, surtout quand on n’aime pas la mise en scène mais que ce sont les interprètes qui se font siffler, je trouve cela méprisant et irrespectueux de tout le travail qui a été fait sur scène et en coulisses.

Quels sont vos prochains projets ?
Mathieu Gardon : J’ai beaucoup de concerts en perspective : un récital Mozart du côté d’Aix-en-Provence, la Passion selon Saint-Matthieu de Bach en Bourgogne, un récital des révélations de l’ADAMI aux Chorégies d’Orange, un concert Purcell à Toulouse, un autre au Festival de la Chaise-Dieu… Et la saison prochaine, je serai au Théâtre de la Croix-Rousse dans deux productions de l’Opéra de Lyon : Mesdames de la Halle d’Offenbach (du 11 au 28 décembre 2015) et Brundibár de Hans Kráza (du 29 mars au 3 avril 2016 au Théâtre de la Croix-Rousse).

 

Photos : © Sébastien Jourdan

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