Thomas Lebrun propose Trois décennies d’amour cerné un spectacle en trois temps, composé de deux solos et d’un duo, qui explore les différentes phases de réaction face à la maladie.

Du chaos des débuts jusqu’à la forteresse de solitude que peut bâtir la maladie en passant par la complexité du rapport à son propre corps et à celui des autres, Trois décennies d’amour cerné confronte les craintes nées avec l’émergence du sida et le profond bouleversement qu’elles ont provoqué, notamment dans notre rapport aux autres et à la sexualité.

trois décennies d'amour cerné thomas lebrun heterocliteEn 2004, Larry Kramer, fondateur d’Act Up New York et auteur de The Normal Heart, l’une des premières pièces du théâtre gay américain sur le sida, déplorait l’absence d’intérêt que les jeunes homosexuels portaient à l’histoire de la communauté gay, condition sine qua non selon lui à l’édification d’une véritable force politique. Or, l’anniversaire des trente ans de l’épidémie de sida semble avoir favorisé la visibilité d’un certain nombre de réflexions autour de la maladie et de son influence sur notre rapport aux autres et à la sexualité.

Ainsi, alors qu’en 2012, Didier Lestrade et Gilles Pialoux ont signé avec Sida 2.0 un témoignage à deux voix volontairement subjectif sur l’épidémie, le danseur et chorégraphe Thomas Lebrun, actuel directeur du Centre chorégraphique national de Tours, a créé en 2013 Trois décennies d’amour cerné, un triptyque qui confronte les craintes nées avec l’émergence de la maladie.

Risques, peur et solitude

À travers deux solos et un duo, le chorégraphe originaire du Nord de la France propose aux spectateurs de s’interroger sur ce qu’implique de s’ouvrir à la sexualité à une époque où la peur de la contagion et de la mort a fortement conditionné le rapport au corps de l’autre.

Dans Trois décennies d’amour cerné, Lebrun explore les différentes phases de réaction face à la maladie. Ainsi, le solo De risques revient sur les premiers temps de l’épidémie, lorsque les conservateurs ont vu là le moyen de revenir sur les acquis de la libération sexuelle de la fin des années 1970, épaulés par des autorités sanitaires totalement déboussolées qui accusaient le «mode de vie gay» d’être la cause du sida, ravivant des mécanismes de peurs ancestrales liés à la contagion.

Dans le duo De peur, c’est la complexité du rapport au corps de l’autre et l’ambivalence du désir sexuel, à la fois jouissif et mortifère, qui est mis en mouvements. Enfin, De solitude, solo interprété par Thomas Lebrun lui-même, revient sur l’isolement – volontaire ou non – qui s’installe progressivement, quand il est si difficile d’avoir confiance en son propre corps et que les obstacles menant à la relation à l’autre semblent insurmontables.

 

 

Trois décennies d’amour cerné, samedi 7 octobre 2017 au Théâtre de Bourg-en-Bresse (01) dans le cadre du festival T’en veux en corps (du 4 au 8 octobre à Bourg-en-Bresse)

Photos © Bernard Duret

 

 

Un revenant

Les spectateurs fidèles des Subsistances connaissent déjà bien le travail de Thomas Lebrun, puisque, avant Trois décennies d’amour cerné, il y a créé deux pièces : Many dreams for exercizing waltz en 2008 et Itinéraire d’un danseur grassouillet en 2009. Ailleurs à Lyon, on a aussi pu voir en mai 2012 à la Maison de la Danse son spectacle La Jeune Fille et la mort, réflexion sur la transmission et le caractère éphémère de chaque être, d’après le Quatuor n°14 en ré mineur de Franz Schubert.

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