L’édition 2015 de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon expose des œuvres reflétant nos préoccupations actuelles et donc les troubles d’un monde chaotique et inquiétant. Mais les questions liées au genre semblent écartées cette année…


 

aura celeste boursier-mougenot heteroclite biennale d’art contemporain de lyon 2015La Biennale d’Art Contemporain de Lyon 2015 est la première de trois éditions (2015, 2017, 2019) axées sur l’idée de la modernité. Quel sens donner à ce mot ? La plupart des artistes exposé-e-s jusqu’à la fin de l’année semblent avoir vu en lui un synonyme d’«actualité». Les œuvres retenues témoignent ainsi de problématiques d’aujourd’hui et se déclinent principalement autour de thèmes récurrents et révélateurs de nos préoccupations : les liens que nous entretenons avec les objets, les nouvelles technologies et les images, la question de l’identité après la décolonisation, le déclin social et politique, notre rapport à la nature. Matérialiser l’impalpable, c’est ce que propose Céleste Boursier-Mougenot en exposant une batterie sur laquelle s’abat une pluie de noyaux de cerises déclenchée sporadiquement par les ondes émises par les téléphones portables des visiteurs de la Sucrière. Redonner sa grandeur et sa noblesse à la Grèce, c’est le projet réussi d’Andréas Lolis qui sculpte un bidonville dans un unique bloc de marbre. Montrer l’humiliation de personnes précaires et par là-même transformer le regard que nous portons sur elles, c’est le travail photographique réalisé par Mohamed Bourouissa. Enfin, questionner notre rapport à l’environnement, c’est ce que font Michel Blazy (qui expose des objets manufacturés et esthétisés par un long processus de végétalisation) et Daniel Naudé (qui photographie un oiseau aménageant un nid de drague glamour et aguicheur à partir de détritus humains).

Où est le queer ? 

On regrettera cependant la place très ténue accordée aux problématiques liées au genre, au féminisme, au corps, à la dimension politique de la sexualité dans cette Biennale d’Art Contemporain 2015. Comment expliquer qu’à l’heure où les théories queer fleurissent, redessinent nos normes, questionnent nos identités et semblent plus que jamais au cœur de notre actualité, elles soient à ce point absentes d’un tel événement ? Quelques œuvres, heureusement, font exception à ce qui paraît être la règle. Ainsi ces Fruity Seating («sièges fruités»), créés par Anthea Hamilton et dont le tissu est orné de femmes nues aux poses lascives, apparaissent comme des signes manifestes de l’instrumentalisation du corps féminin. Placés au centre d’une salle, sans cartel, ils se fondent dans les lieux au point qu’on les prendrait presque pour des assises réservées aux visiteurs, comme si le concept de la femme-objet était ancré en nous et ne nous heurtait plus. Notons également cette figure féminine plantureuse et velue du célèbre dessinateur Robert Crumb, reprise par la même Anthea Hamilton, qui orne la façade de la Sucrière, mais est reléguée aux portes de l’événement. Le queer, un combat peut-être trop moderne ?

Biennale d’Art Contemporain de Lyon, jusqu’au 3 janvier / www.biennaledelyon.com

 

Photo 1 : Fruity Seating d’Anthea Hamilton
Photo 2 : aura de Céleste Boursier-Mougenot

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