Le pianiste lyonnais Roger Muraro vient de sortir Le Piano de demain, un nouvel album dédié à Franz Liszt, qu’il présentera salle Rameau vendredi 9 octobre en ouverture de la saison 2015-2016 de Piano à Lyon.

le pianiste roger muraro Le Piano de demain heteroclite copyright Bernard MartinezQuand on parle de vous, Roger Muraro, on pense tout de suite à l’interprète de Messiaen et de Ravel. Or, vos deux derniers enregistrements sont consacrés à Liszt.

Roger Muraro : Lorsque j’étais jeune, Liszt était dans mon répertoire quotidien, mais j’ai dû le mettre de côté. Mon métier m’a orienté vers d’autres compositeurs, dont Ravel et Messiaen. Puis, je l’ai rejoué et je me suis dit qu’il était temps de faire ce disque avant qu’il ne soit trop tard. Pour certaines œuvres de Liszt, dont la Sonate, il faut une certaine énergie qu’on possède quand on est jeune : avec l’âge, les ressources ne sont plus les mêmes. De plus, je voulais enregistrer certaines pièces que je connais depuis longtemps. L’occasion s’est présentée et Le Piano de demain est né.

 

Le titre du disque (Le Piano de demain) est un peu énigmatique…

Roger Muraro : N’allez pas croire que Le Piano de demain, ce soit moi ! Le titre fait écho à la pensée et à l’écriture pianistique de Liszt. Bien sûr, son style est marqué par l’époque romantique, mais les moyens qu’il utilise sont une ouverture sur ce qui va devenir la musique au XXe et même au XXIe siècles. Liszt a apporté au piano un univers sonore et des possibilités techniques qui servent encore de nos jours aux compositeurs. Les œuvres de Liszt ont été modernes à leur création, mais elles restent très actuelles et vont le rester encore longtemps. C’est dans ce sens qu’elles sont un prolongement pour l’avenir.

 

Il est vrai que dans la Sonate, on perçoit des harmonies, des fulgurances qu’on entend plus tard chez Rachmaninov ou Prokofiev, par exemple.

Roger Muraro : Cette sonate est un cheminement, une exploration qui possède plusieurs facettes. Il y a l’aspect littéraire, la structure et l’écriture. Tout cela est condensé, entremêlé. Chaque note s’appuie sur une pensée poétique. Il y a également beaucoup d’inventivités. Le fait qu’on les retrouve chez d’autres compositeurs des décennies plus tard justifie le titre. De plus, cette sonate est une œuvre très particulière. Chaque interprète qui la joue se sent happé par son langage. Il y entre et en fait une histoire personnelle, pour différentes raisons. Lorsque j’étais plus jeune, j’y ressentais les sentiments chahutés et éclatés propres au romantisme. Aujourd’hui, de l’avoir travaillée pour l’enregistrement, je ressens davantage la force de l’édifice. C’est une autre manière d’aborder cette œuvre si particulière, même si chacune a sa raison d’être.

 

Peut-on imaginer un nouvel enregistrement dans plusieurs années, comme Glenn Gould l’a fait avec les Variations Goldberg de Bach ?

Roger Muraro : Je ne pense pas, et c’est tout le travers de l’enregistrement. La musique y est figée alors qu’elle ne doit pas l’être. Le travail sur un disque est passionnant, mais la Sonate, telle que je l’ai enregistrée, est déjà différente. Bien sûr, il faut faire quelque chose du mieux possible, mais c’est juste l’image sonore d’un moment. Rien ne vaut ce qui se passe sur scène, avec ses aléas, ses moments de grâce et de doute : la vie, tout simplement !

 

Dans votre précédent disque, vous interprétiez la Symphonie fantastique de Berlioz, transcrite par Liszt. Dans celui-ci, il y a également deux transcriptions de Wagner.

Roger Muraro : C’est une manière de comprendre comment Liszt s’est approprié les œuvres de ses contemporains. Pour la Symphonie fantastique, Liszt n’avait que vingt ans. Il s’est plongé dans la partition pour l’adapter au piano. Ce travail a réclamé beaucoup de recherches sur le plan technique et sonore, mais je pense que cela a nourri son œuvre. Pour Wagner, c’est différent, c’est plutôt une adaptation. Ce qu’il fait de la mort d’Isolde est exceptionnel : le piano et l’opéra sont oubliés pour ne faire qu’une vraie pièce musicale. On peut ne rien savoir de Tristan et Isolde et écouter sans se poser de questions.

Jouer les transcriptions, c’est montrer que Liszt était soucieux de défendre ses contemporains. C’est assez rare, dans l’histoire de la musique, de rencontrer un virtuose, au sommet de sa gloire, qui défend la musique des autres. Certains l’ont fait, dont Ravel mais aussi Messiaen. Dans sa classe de composition, il soutenait tous ses élèves à poursuivre leur travail dans la voie sur laquelle ils s’étaient engagés.

 

Vendredi 9 octobre, vous serez en récital à Lyon. Au programme, la Sonate de Liszt, ainsi que deux transcriptions de Wagner et les Scènes de la forêt de Schumann.

Roger Muraro : C’est un petit clin d’œil. La Sonate de Liszt est dédiée à Schumann tout comme sa Fantaisie est dédiée à Liszt. Les Scènes de la forêt sont un cheminement, un parcours initiatique, comme la Sonate. Je trouve très beau cet hommage de l’un vers l’autre et j’ai voulu les réunir sur un récital.

 

Roger Muraro, en récital vendredi 9 octobre à 20h30 à la salle Rameau, 29 rue Martinière-Lyon 1 / 04.78.47.87.56 / www.pianoalyon.com
Le Piano de demain de Roger Muraro (La Dolce Volta)
www.rogermuraro.com

 

Photos Roger Muraro © Bernard Martinez

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