Deux œuvres ambitieuses rendent hommage à deux auteurs de génie, Sergueï Eisenstein et Tony Duvert, en plaçant la sexualité au cœur de leur geste créatrice.

gilles sebhan retour a duvert editions le dilettante eisensteinLe sexe qui libère. Le sexe qui enferme. Le sexe qui pousse à créer. Le sexe qui bloque l’imagination. Tout tourne autour du cul, du désir, du plaisir. L’art entier est nourri, gorgé, engorgé de cela. Le sexe comme une apothéose ou comme une malédiction… L’apothéose, ce pourrait être celle de Sergueï Eisenstein, le génie démesuré du cinéma muet soviétique, longtemps protégé de Staline. La malédiction, ce serait celle de Tony Duvert, jeune homme brillant des Lettres françaises seventies, Prix Médicis pour son Paysage de fantaisie.

Ils ne sont plus guère à la mode ni l’un ni l’autre, et voilà que deux œuvres ambitieuses les remettent en avant, avec la sexualité en étendard, en point nodal plutôt, de leur œuvre et de leur parcours.

Eisenstein, homosexuel réfréné

Lorsque Peter Greenaway saisit Eisenstein dans son film, en cette année 1931 où le cinéaste russe passe par Hollywood puis par le Mexique, l’auteur du Cuirassé Potemkine et d’Octobre, à trente-trois ans, est encore vierge. Son homosexualité réfrénée, il ne l’exprime qu’à travers des dessins érotiques. Et là, dans la chaleur mexicaine, il succombe à son beau guide latino, et c’est tout son être qui tremble, tout son art qui bascule, dans une séquence où le si glacial et si cérébral Greenaway, pour une fois, se montre lui aussi charnel. C’est un émerveillement pour Eisenstein, une révélation, une révolution : ce n’est pas pour rien que son amant lui plante un drapeau rouge dans le cul ! Plus rien ne sera pareil pour lui.

Duvert, impubliable aujourd’hui

Et Tony Duvert, alors ? Oh, c’est une autre histoire, telle que la retrace avec beaucoup de brio et de finesse Gilles Sebhan, celle d’un écrivain plus que doué dont les romans seraient quasi-impubliables aujourd’hui, car habités par une sexualité interdite : l’amour des jeunes garçons. Avec l’aide de sa correspondance, de témoignages, d’extraits de son œuvre, Sebhan raconte dans un essai le destin erratique de Tony Duvert, jusqu’à cette mort ignominieuse en 2008, dans une maisonnette près de Tours, où on ne trouva son cadavre qu’au bout d’un mois… Il fait la part des choses dans ce désastre – misanthropie, rapport à la mère, etc. – mais pose bien la pédophilie comme raison centrale. Le sexe donc. Pour se trouver ici. Ou pour se perdre là…

 

Que viva Eisenstein ! de Peter Greenaway (en DVD chez Pyramide Vidéos)
Retour à Duvert de Gilles Sebhan (éditions Le Dilettante)

 

Photo de Une extraite de Que viva Eisenstein ! de Peter Greenaway

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