Le film lauréat de la Queer Palm 2015 est projeté jeudi 16 novembre au cinéma La Fourmi à  Lyon. Et une fois de plus, après Pride, L’Inconnu du lac ou Laurence Anyways, le jury du prix LGBT du festival de Cannes a fait un choix sacrément judicieux, tant Carol se révèle une merveille.

Tout est parfait. Tout est beau. Tout est serein. Tout est en ordre. Voilà. On pourrait s’en tenir là, à ces apparences-là, à cette façade-là, à cette vitrine-là. Parce que Carol est cela, sans aucun doute, d’un bout à l’autre : une reconstitution maniaque, somptueuse, élégante et glacée des années 50 et des grands mélos qui naquirent à Hollywood à cette époque, sous la caméra d’un Douglas Sirk par exemple. Mais ce qui intéresse vraiment son réalisateur, Todd Haynes, ce sont pourtant les courants souterrains qui fendillent la glace, les mouvements impromptus du cœur qui floutent les clichés du bonheur et les apparences, les tensions du désir qui provoquent le désordre.

Déjà, en 2002, dans Loin du paradis, il mettait en scène cette dichotomie. Déjà, les années 50, avec leur morale corsetée, servaient de cadre à un récit où l’illusion d’un couple idéal vacillait en raison de l’homosexualité (cachée, mal vécue, combattue, impossible…) du mari. Difficile de ne pas retrouver en Carol des échos de cette histoire, car ce qui s’y joue en est si proche et si éloigné pourtant.

cate blanchett carol todd haynes

Proche, car c’est bien l’homosexualité – ce non-dit absolu de l’Amérique des fifties – qui sert à bousculer les normes. Éloigné, car autant Dennis Quaid (le mari gay de Loin du Paradis) laissait les normes sociales et les faux-semblants de la vie de famille étouffer sa vraie nature, quitte à s’y perdre, autant Cate Blanchett (Carol) et Rooney Mara (Therese), submergées par l’amour qui les saisit dès leur premier regard échangé dans un grand magasin (l’une cherche un cadeau, l’autre le lui vend), acceptent de transgresser ces codes de bienséance.

Derrière les apparences, la vie et le désir qui bouillonnent

Bien sûr, leur idylle n’ira pas sans douleurs, sans à-coups, sans conflits avec le monde extérieur (le mari de Carol fait tout pour l’empêcher de briser définitivement leur couple, le fiancé de Therese tente de s’accrocher…), mais la séquence finale du film – sublime – dit qu’elle a de beaux jours devant elle.

Voilà la différence fondamentale entre Loin du paradis et Carol. Dans le premier, les transgressions étaient réprimées (par la société bien sûr, mais aussi par les individus eux-mêmes, incapables de supporter de se confronter à leur réalité intime). Dans le second, elles emportent tout sur leur passage. Pas seulement la transgression lesbienne qui prend corps dans cet environnement oppressant de l’hétérosexualité triomphante, mais aussi la transgression sociale, tout aussi importante, puisque la grande bourgeoise Carol s’éprend d’une modeste employée, que la dame bien installée dans une vie de luxe succombe à une jeune fille qui débute à peine la sienne.

Alors oui, dans cette adaptation d’un des premiers romans de Patricia Highsmith, tout est beau et parfait, à l’image des deux actrices principales, mais rien n’est serein, rien n’est en ordre. Sur cette beauté et cette perfection souffle le vent irrésistible de la vie et du désir. Et c’est ce qui est admirable et bouleversant.

 

Carol de Todd Haynes, avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson…

Jeudi 16 novembre à 18h30 à La Fourmi, 68 rue Pierre Corneille-Lyon 3 / 04.78.05.38.40 / www.cinemas-lumiere.com

Ciné-club présenté et suivi d’un échange animé par Flavien Poncet

Disponible en DVD chez TF1 Vidéo

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