Né en 1976 à Zagreb, Max Emanuel Cencic est aujourd’hui l’un des contre-ténors les plus sollicités au monde. À l’occasion d’un récital donné à Lyon, il se confie sur sa carrière et sa passion du baroque.

 

Max Emanuel Cencic credit Anna Hoffmann

 

Comment vous est venu le goût du chant ?
Max Emanuel Cencic : J’ai été en contact avec la musique très jeune, car ma mère est chanteuse lyrique et mon père est chef d’orchestre. J’ai commencé à chanter et à travailler ma voix avec ma mère et, dès l’âge de six ans, je me produisais en public. J’ai fait ma première tournée à sept ans et, à dix ans, j’ai intégré le chœur d’enfants Les Petits Chanteurs de Vienne. Ensuite, j’ai continué comme soprano jusqu’à mes dix-neuf ans.

 

C’est à ce moment-là que vous changez de tessiture, passant de soprano à contre-ténor ?
Max Emanuel Cencic : Non, j’ai arrêté de chanter pendant quelque temps. Je voulais réfléchir à mon avenir. J’ai étudié la musique aux États-Unis, mais rapidement le chant s’est imposé et j’ai réalisé que c’est ce que je voulais vraiment faire. J’ai donc travaillé et ma voix a évolué avec mon corps, ma vie et le répertoire.

 

Votre répertoire est essentiellement lié à la période baroque. Est-ce que les autres périodes vous attirent moins ?
Max Emanuel Cencic : J’ai enregistré des airs d’opéras de Rossini (Virgin Classics, 2007) et j’ai participé à la création de Medea d’Aribert Reimann à Vienne en 2010. Je ne suis donc pas hermétique à la musique contemporaine, d’autant que de nombreux rôles sont écrits pour les contre-ténors. Mais je vais attendre. Actuellement, le répertoire baroque me paraît le plus naturel, même s’il demande beaucoup de temps et de travail. Ce n’est pas facile de s’investir dans des projets aux styles musicaux différents.

 

Sur votre dernier disque, Arie Napoletane (Decca Classics, 2015), vous interprétez des airs qui n’ont jamais été enregistrés. C’est une nouvelle création, en quelque sorte ?
Max Emanuel Cencic : C’est excitant de remettre à jour des airs et des opéras de compositeurs peu joués ou tombés dans l’oubli. Ce sont des œuvres à la fois anciennes et nouvelles que je découvre et que je souhaite faire partager. Il y a un coté aventureux à inviter le public à écouter cette musique napolitaine du XVIIIe qui me passionne.

 

Ressusciter des œuvres oubliées, est-ce l’ambition de votre maison de production, Parnassus Arts ?
Max Emanuel Cencic : Oui, cela me permet de créer mes propres projets, de redonner vie à ces opéras très rarement joués, voire oubliés. Nous avons commencé en 2009 avec Faramondo de Haendel, puis il y a eu Artaserse et Catone in Utica de Leonardo Vinci en 2012, Siroé de Hasse en 2014. En 2016, nous avons prévu d’enregistrer Germanico in Germania de Porpora et un opéra de Jomelli, soit des œuvres de compositeurs qui ne sont pas joués régulièrement.

 

Siroé était votre première mise en scène. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Max Emanuel Cencic : J’ai eu très peur au début, d’autant que je chantais le rôle-titre. Mettre en scène est un travail très prenant car il faut être présent et disponible pour tout le monde. Mais c’était tellement enrichissant que je réitèrerai l’expérience le mois prochain avec Arminio de Haendel, présenté au festival de Karlsruhe.

 

Il semble que cette conjugaison du baroque et de la modernité dépasse l’aspect musical : quand on vous suit, on a le sentiment que vous aimez jouer avec les deux…
Max Emanuel Cencic : Je ne suis pas un artiste qui vit dans le passé. Je suis même ouvert et moderne. Pour autant, l’excentricité de l’art baroque, sa richesse, ses dorures, me fascinent. Mais ce n’est pas un mode de vie, car vivre dans le passé devient vite ennuyeux. Installé depuis peu à Paris, j’ai une vie dynamique : je sors au théâtre, je vais voir des expositions, j’écoute toutes sortes de musiques. J’aime voyager pour mon métier, mais aussi partir de manière un peu folle en voiture, dans le désert, dormir dans des motels miteux en bordure d’autoroute… C’est une façon d’allier l’excentricité baroque, la modernité et l’aventure.

 

Récital Arie Napoletane, vendredi 22 janvier à la Chapelle de la Trinité, 29-31 rue de la Bourse-Lyon 2  / www.lesgrandsconcerts.com

 

Photos © Anna Hoffmann

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