Grands auteurs militants pour la liberté sexuelle dans les années 70, Christiane Rochefort et Yves Navarre ont pourtant trop souvent été mis à l’écart. Les éditions H&O et iXe nous proposent de les redécouvrir.

La postérité est redoutable, fondamentalement injuste : de tous les noms qui «font» une époque, elle n’en retient que quelques-uns et condamne les autres à l’oubli. Des auteurs à succès, qui ont été reconnus et récompensés, qui ont accompagné des mouvements politiques et sociaux, parce qu’ils n’ont pas bouleversé la littérature, ont été relégués dans un coin de notre histoire culturelle. À les relire, on peut même les juger «vieillis» ou «datés». Christiane Rochefort et Yves Navarre sont de ceux-là. Soyons donc reconnaissants à deux éditeurs – deux maisons indépendantes qui font, avec énergie, exister des voix singulières – de les rappeler à notre souvenir.

Une écrivaine co-fondatrice du MLF

Christiane RochefortChristiane Rochefort (1917-1998) s’est faite connaître par Le Repos du guerrier en 1958. Le best-seller sera adapté au cinéma en 1962 avec Brigitte Bardot. L’audace de Rochefort et le fait qu’une femme parle de sexualité en des termes crus choquent : François Mauriac est alors horrifié par «l’histoire du sexe de cette dame» (Martine Sagaert le raconte dans sa préface à l’Œuvre romanesque de Rochefort, publiée chez Grasset). En 1961, dans Les Petits enfants du siècle, elle décrit la découverte par une jeune fille de la sexualité et l’amour dans une cité HLM.

Déjà engagée à gauche, l’écrivaine est, à plus de cinquante ans, une des fondatrices du Mouvement de libération des femmes auquel elle participe activement. Elle écrit aussi sur les enfants, «les plus muets» de «tous les opprimés». Son Journal pré-posthume possible, un inédit que publient les éditions iXe, montre l’écrivaine âgée et malade. Rochefort y consigne ce dont elle est encore capable et la bataille au quotidien que constitue son projet d’écrire.

Un Prix Goncourt oublié

Yves NavarreD’Yves Navarre (1940-1994), on se souvient peu qu’il a obtenu le Goncourt en 1980 pour Le Jardin d’acclimatation, un roman d’inspiration autobiographique sur la lobotomie subie par le cadet homosexuel d’une famille bourgeoise. On se souvient encore moins qu’il est l’auteur d’une œuvre prolifique. Navarre a aussi accompagné le militantisme gay des années 1970, notamment dans des interventions à la télévision ou en écrivant dans Gai Pied (bien que le «rôle» d’«écrivain homosexuel» lui ait parfois pesé). À l’initiative de Sylvie Lannegrand, un groupe de chercheurs et de lecteurs a entrepris de faire connaître l’œuvre de l’écrivain et de publier Les Cahiers Yves Navarre, qui regroupent des analyses littéraires et historiques, des témoignages et des inédits. Un premier volume vient d’être publié par les éditions H&O, qui ont réédité plusieurs romans de l’écrivain ; une souscription est lancée pour la publication d’un deuxième volume de ces Cahiers.

 

Journal pré-posthume possible de Christiane Rochefort (éditions iXe)

 

Cahiers Yves Navarre (éditions H&O)
Photo de Une : Christiane Rochefort © Ned Burgess

 

 

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