En filmant et diffusant ses exécutions publiques d’hommes gays, Daesh tend aux homosexuel-le-s du monde entier un piège redoutable.

Pas une semaine sans que circule sur les réseaux sociaux un articulet nous apprenant que Daesh a mis à mort un homme suspecté d’homosexualité. La brève est souvent écrite au conditionnel et illustrée d’une photo de mauvaise qualité – témoignant de l’extrême difficulté d’informer correctement sur une région du monde où règnent la guerre et la terreur. À force de répétitions, on en vient à perdre le compte des personnes ainsi assassinées et la singularité de chacune d’entre elles.

C’est aujourd’hui mais ça pourrait être demain ou hier, et il est possible que cette brève postée par un ami quelconque ne soit que la redite d’une info parue la semaine dernière – qui s’en souciera ? C’est la grande intemporalité de Facebook et de Twitter, où on se contente souvent de lire les titres ou – au mieux – de survoler rapidement les articles et où, à la faveur de l’hécatombe de célébrités de ce début 2016, on a vu récemment resurgir des nécrologies datant de plusieurs années – RIP Ravi Shankar, toi qui nous as quitté en… 2012.

Pour la plupart des sites et des pages (notamment gays) qui publient ou relaient ces articles, ce sont des formidables clickbaits (ou pièges à clics, moyen facile de doper les audiences d’un site avec un titre choc et racoleur), l’assurance d’un maximum de likes mais aussi d’une avalanche d’indignations outrées, de réactions sans nuances ni recul, de solutions simplistes («yaka les bombarder !»), de visions essentialistes et globalisantes sur «l’islam», «le monde arabe» ou «les religions», de propos tout simplement racistes et islamophobes.

Refuser le sensationnalisme

Mais n’est-ce pas précisément le but recherché par les djihadistes de Daesh ? Ceux-ci ne se contentent pas d’exécuter ceux qu’ils jugent coupables d’actes « contre-nature » : ils mettent en scène, filment et diffusent leur mise à mort pour que nous la voyions et pour nous faire peur. En cédant au sensationnalisme qui ne peut provoquer que l’émotion (légitime) mais jamais la réflexion, nous tombons dans le piège tendu par ceux qui, de ce côté-ci de la Méditerranée comme de l’autre, veulent attiser l’intolérance, alimenter le «choc des civilisations» et affirmer l’incompatibilité entre islam et homosexualité (lire à ce sujet LGBT musulman.es, du placard aux Lumières de Ludovic-Mohamed Zahed, paru le mois dernier aux éditions Des Ailes Sur Un Tracteur).

Un autre traitement médiatique de la tragédie en cours au Moyen-Orient est heureusement possible : Yagg, par exemple, l’a prouvé en donnant la parole à un spécialiste de l’islam, Olivier Roy, qui permet de comprendre sans se laisser emporter par l’émotion. Cette responsabilité (refuser le sensationnalisme, donner la priorité à l’analyse) incombe d’abord aux médias, mais elle est aussi, plus largement, celle de nous tous et en particulier des gays et des lesbiennes.

 

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