Création mondiale présentée à Lyon dans le cadre du festival Pour l’Humanité, l’opéra Benjamin, dernière nuit comprend de belles scènes et de bonnes idées mais se révèle inégal dans la durée.

C’est avec Benjamin, dernière nuit que s’est ouvert le festival Pour l’Humanité voulu par Serge Dorny, directeur de l’Opéra de Lyon. Envisagée tout d’abord par Régis Debray comme une pièce accompagnée d’un support musical (dans un style cabaret propre à la période expressionniste), l’œuvre a pris une autre forme après la rencontre de Debray avec le compositeur suisse Michel Tabachnik. Elle raconte la dernière nuit du philosophe juif allemand Walter Benjamin (1892-1940), essayant de franchir les Pyrénées pour fuir le nazisme. Épuisé, usé, ayant la certitude que Franco le remettrait entre les mains du gouvernement de Vichy, Benjamin décide de mettre fin à ses jours en absorbant une quantité létale de morphine.

Le début de l’opéra est plutôt théâtral et montre l’arrivée de Benjamin dans un hôtel de Port-Bou, à la frontière franco-espagnole. Puis, sous l’effet de la morphine, dans une sorte de sommeil qui le conduit à la mort, le philosophe revit les rencontres qui ont marqué son existence, avec Asja Lacis, Hannah Arendt, André Gide…

Une absence de progression dramatique dommageable

Il n’est jamais facile de juger la création mondiale d’un opéra en raison du manque de recul et d’éléments de comparaison. Le sujet du livret a tous les atouts pour séduire : l’hommage à Benjamin, ses rencontres avec des personnages passionnants et l’histoire d’un migrant apatride, qui reste d’une actualité brûlante (tout comme l’antisémitisme). La mise en scène de John Fulljames repose sur une belle scénographie, sur une complète occupation de l’espace scénique et sur une utilisation judicieuse de projections vidéos. Le dédoublement de Benjamin, incarné à la fois par l’acteur Sava Lovov et par le ténor Jean-Noël Briend, est une belle réussite.

La musique de Michel Tabachnik est bigarrée, tour à tour populaire ou contemporaine suivant le contexte. Elle comprend de belles pages, en particulier lors de la rencontre de Benjamin avec le philosophe Gershom Scholem (rencontre qui a lieu dans une synagogue et qui est accompagnée par un chant religieux juif du XIVème siècle).

Tout cela laissait espérer une soirée extraordinaire, mais la magie n’a pas fonctionné. Certains tableaux sont passionnants, d’autres suscitent moins d’enthousiasme. Le spectateur fait le yo-yo, emporté par une scène ou gagné par l’ennui durant la suivante. La succession de rencontres s’avère être une «fausse-bonne idée», car l’absence de progression et de tension dramatique tend à perdre l’auditeur. Et cela en dépit du chef allemand Bernhard Kontarsky, qui dirige l’orchestre, le chœur et les solistes avec une maîtrise irréprochable.

 

Benjamin, dernière nuit, jusqu’au 26 mars à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

Photo © Stofleth

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