Forts de leur « théâtre à quatre mains », Falk Richter et Stanislas Nordey mettent en scène une figure de la transgression de toutes sortes : Rainer Werner Fassbinder.

Pour leur troisième collaboration, l’Allemand Richter et le Français Nordey s’attaquent à une figure de la littérature, du théâtre et du cinéma allemands des années 1970 : Rainer Werner Fassbinder. Cet artiste protéiforme et sulfureux, dont l’univers a largement inspiré nos contemporains en réinvestissant les stéréotypes sociaux et moraux, pose la question de l’engagement de l’artiste à une époque où l’auto-censure et le politiquement correct semblent avoir pris le dessus.

La vie et l’œuvre de Rainer Werner Fassbinder, réalisateur, acteur et metteur en scène allemand qui connu son apogée dans les années 1970, sont-elles à même de nous éclairer sur l’Europe d’aujourd’hui, secouée par les attentats terroristes et tentée par le repli nationaliste ? C’est ce que semble penser le dramaturge allemand Falk Richter et le metteur en scène et acteur français Stanislas Nordey. Pour sa première création en tant que directeur du Théâtre National de Strasbourg, le fils de Jean-Pierre Mocky a fait le pari d’un texte inédit, composé par Richter, avec lequel il avait notamment collaboré pour My Secret Garden. À l’époque, l’auteur allemand lui avait confié combien la découverte du travail de Fassbinder, à l’âge de dix-sept ans, avait été déterminant dans son désir de devenir artiste.

fassbinder

Aller-retour entre les années 70 et nos jours

Les deux hommes ont donc décidé de partir de «la figure de Fassbinder», comme le souligne Nordey, plus que de la personne réelle, pour interroger le rôle des artistes dans une société apeurée par le terrorisme et sous le coup de lois d’exception. Le spectacle Je suis Fassbinder (dont le titre est hérité du Je suis Charlie qui a malheureusement fait florès depuis janvier 2015) propose alors un aller-retour entre les années 1970 et nos jours, mélangeant les questions intimes et politiques. Derrière Fassbinder, c’est la figure d’un artiste qui ne se censure pas et qui explore des thèmes controversés que tentent de dessiner Richter et Nordey.

Rappelons qu’en son temps, Fassbinder traitait d’homosexualité (Querelle, Le Droit du plus fort…), de transgenres (Gouttes d’eau sur pierres brûlantes), de la sexualité d’une femme âgée avec un immigré (Tous les autres s’appellent Ali) ou encore de l’attitude de la société allemande face au terrorisme de la bande à Baader (L’’Allemagne en automne). C’est la façon dont cette liberté de ton peut encore exister aujourd’hui, dans une Europe sans repères et qui croit de moins en moins en la possibilité d’un projet commun, que veulent mettre au jour Richter et Nordey. En espérant que le passé et l’aura d’une figure artistique partagée puissent illuminer un tant soit peu les perspectives d’avenir.

 

Je suis Fassbinder
Du 8 au 24 novembre 2017 au TNP de Villeurbanne (69)
Les 29 et 30 novembre 2017 à la Comédie de Clermont (63)

 

Photo de Une : Je suis Fassbinder © Jean-Louis Fernandez
Photo 2 : Falk Richter © Esra Rotthoff

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