Briseuse de groupe, «femme de», étrangère, aristocrate gâtée, artiste arriviste… Yoko Ono a plus souvent été considérée comme une sorcière que comme une magicienne de l’art contemporain. C’est cette méprise qu’entend réparer le MAC de Lyon en proposant la première rétrospective française de l’artiste japonaise. 

Après le MoMA de New York et le Musée d’Art Contemporain de Tokyo en 2015, c’est au tour du MAC de Lyon d’accueillir la première rétrospective française consacrée à Yoko Ono. Un choix qui nous invite à nous questionner sur son œuvre, et peut-être aussi sur nous-mêmes. Il a souvent été en effet de bon ton de prendre à la légère son travail, de lui accorder une maigre crédibilité artistique (tant sur le plan musical que plastique), par sexisme ou par snobisme. Il est temps aujourd’hui de nous défaire de ces préjugés qui, malgré nous, semblent également nous atteindre pour enfin reconnaître la qualité et la portée de son travail, ainsi que son apport à l’art contemporain, plus révolutionnaire qu’on ne l’Imagine.

En effet, au début des années 60, Yoko Ono bouleverse la conception même qu’on se fait d’une œuvre d’art en insistant sur les principes de partage et d’inachèvement. Elle remet ainsi en question à la fois le statut de l’œuvre d’art, le rôle de l’artiste et celui du public. Ses performances font exister l’œuvre dans la durée et non pas uniquement dans le présent et dans l’instantanéité. Elle conceptualise aussi la question des interprétations qui accroissent l’œuvre et la rendent inachevée. Le public n’est plus un réceptacle passif mais prend part à l’acte de création, s’en empare, le prolonge, fait l’exercice de sa plasticité. «Cela permet à l’œuvre d’exister sous d’infinies variations que l’artiste elle-même ne peut prévoir» écrit-elle en 1966. Son œuvre est conçue comme une partition que le public est invité à interpréter et elle dépasse ainsi le cadre conventionnel et attendu des musées ou des galeries.

Une pionnière de l’art conceptuel

Dans Cut Piece, sa performance la plus célèbre datant de 1965 (dont une captation vidéo a été projetée à la Biennale d’art contemporain de Lyon en 2013), Yoko Ono est agenouillée sur une scène, dans la posture traditionnelle de la femme japonaise. Le public (à moins qu’il faille parler d’interprètes) est invité à découper et à emporter une partie de ses vêtements. Cut Piece explore le paradoxe et l’écart entre privé et public, entre vulnérabilité du corps, intimité et exhibition. Ono dénonce par là les rapports de domination et de violence sur le corps féminin et dans les relations humaines en général, rapports dont le public fait directement l’expérience.

Elle est également une des pionnières de l’art conceptuel ou théorique, par lequel l’œuvre d’art devient l’allégorie plastique d’une idée. Ainsi, en 1971, elle créé l’installation Amaze, qui repose sur un jeu de mot poétique. Le public est invité à entrer et se promener dans un labyrinthe («a maze» en anglais). Mais l’expérience renvoie aussi au mot «amaze» («stupéfaction »). Et «vous comprenez qu’il s’agit de la vie : chaque jour est un étonnement ; chaque jour, j’apprends tant de choses», expliquait Yoko Ono en 2008. Cet aphorisme peut certes paraître naïf voire risible, et donc alimenter l’image stéréotypée d’une artiste très haut-perchée à l’idéologie caricaturale. Il peut aussi nous inviter à une certaine humilité et piquer notre curiosité : à notre tour de nous laisser étonner et stupéfier par l’œuvre de Yoko Ono.

 

Yoko Ono Lumière de l’aube, du 9 mars au 10 juillet au Musée d’art contemporain de Lyon, Cité Internationale 81 quai Charles de Gaulle – Lyon 6 / www.mac-lyon.com

 

Photo © Bjark Ørsted

 

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