Le Musée des Beaux-Arts de Chambéry consacre une exposition, De l’usage de l’autre, à l’artiste lyonnais Pierre David.

marie Testosterone credit pierre david 2014Il y a des femmes voilées et des bras tatoués, des maquilleuses barbues et des dormeurs dorés. La plupart nous font face et semblent fiers, confiants, parfois offerts. Pourtant, la relation entre l’artiste lyonnais Pierre David et ses modèles n’est a priori fondée ni sur le désir ou la complicité, ni sur la rétribution. Dans l’histoire de l’art, rappelle-t-il, les modèles sont le plus souvent des muses ou des commanditaires. Pierre David, pour les sélectionner, imagine quant à lui des protocoles, déterminant des catégories ou des circonstances.

Ici des artistes atteints par la maladie d’Alzheimer (Les Pensionnaires), là les employés du Musée d’Art Moderne de Salvador de Bahia, dont les couleurs de peau composent un nuancier (Nuancier). Une part d’aléatoire qui induit une mise à distance du modèle, sans interdire une relation intime et intense entre l’artiste et son sujet. En témoigne la sensualité avec laquelle sont traités les corps masculins chez Pierre David, ou la beauté souveraine des femmes, qu’elles portent un foulard ou une moustache.

Trouble et virtuosité

Ophelie Testosterone credit pierre david 2014L’exposition consacrée par le Musée des Beaux-Arts de Chambéry à l’œuvre de Pierre David permet d’en comprendre l’éthique, cohérente sur une dizaine d’années, les variations stylistiques et les continuités. Pour la série Testostérone, Pierre David s’est inspiré de l’essai Testo Junkie de Paul B. Preciado (auteur également de Pornotopie. Playboy et l’invention de la sexualité multimedia aux éditions Climats) pour produire une “fiction hormonale”. Et si l’industrie pharmaceutique avait choisi la testostérone, plutôt que des cocktails d’hormone accentuant certains caractères féminins, comme solution de contraception ?

À partir de cette question, des employées de l’atelier de perruques et de maquillage de l’Opéra de Lyon ont conçu des postiches (moustaches, barbes, boucs) avec lesquels elles ont posé. À la fois parfaitement authentiques (les photos n’ont pas été retouchées) et complètement décalés, ces clichés concilient magnifiquement trouble politique et virtuosité plastique. En apportant à ses œuvres le soin caractéristique des arts appliqués tout en concevant des procédures et des dispositifs typiques de l’art contemporain, Pierre David apparaît dans cette exposition rétrospective comme un artiste important et singulier.

 

De l’usage de l’autre, du 21 mai au 18 septembre au Musée des Beaux-Arts de Chambéry, place du Palais de Justice-Chambéry /  04.79.33.75.03
www.pierredavid.net

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