Le Centre de santé et de sexualité de Lyon, géré par le réseau Virages Santé avec le soutien du COREVIH (Comité de coordination régionale de lutte contre le VIH) a récemment ouvert ses portes rue du Griffon, au bas des pentes de la Croix-Rousse.

Le Centre de santé et de sexualité de Lyon a la particularité de réunir, dans une même structure, personnels hospitaliers et associations. C’est une première en France. Sa mission va bien au-delà de la prévention et du dépistage des infections sexuellement transmissibles : il prend en effet en compte la santé sexuelle aux niveaux biomédical, psychologique et social. Le Centre propose ainsi un dépistage rapide du VIH (TROD), des consultations médicales et d’écoute en sexologie, des groupes de parole thématiques, un accompagnement pour les personnes sous PrEP… Les consultations sont anonymes, gratuites et sans rendez-vous. Nous avons rencontré le docteur Jean-Michel Livrozet, président du COREVIH, afin de revenir sur l’activité du Centre de santé et de sexualité.

Qu’est-ce que le COREVIH ?

Le COREVIH est une structure régionale publique regroupant des professionnels de santé, du personnel hospitalier, des associations et des personnes qualifiées chargées de la coordination de la lutte contre le VIH sur un territoire. Les membres du COREVIH sont nommés par le directeur de l’Agence régionale de santé (ARS).

Pourquoi avoir créé un Centre de santé et de sexualité à Lyon ? Pourquoi dans ce quartier ?

Ce Centre a la particularité de réunir associations communautaires et professionnels de santé. Cela permet de le faire fonctionner à moindre coût. Nous nous focalisons ici sur la santé des personnes LGBT. L’Association de Lutte contre le Sida (ALS) proposait déjà des consultations médicales en sexologie chaque mardi soir. Ce local nous permet une meilleure visibilité. Nous effectuons une dizaine de consultations chaque soir et les patients viennent essentiellement du quartier. Les permanences de AIDES le vendredi soir nous permettent de toucher un public plus large. Ici, nous protégeons la santé sexuelle, c’est-à-dire un état de bien-être physique, psychique et affectif. La santé psychique contribue clairement à la santé physique : les addictions, qui augmentent la prise de risque, relèvent souvent de pathologies sous-jacentes.

Pourquoi travailler avec les associations communautaires et des personnels de santé LGBT-friendly ?

Cela permet aux personnes accueillies d’obtenir plus facilement des réponses à leurs, questions, de la part de personnes qui connaissent les pratiques homosexuelles. Nous pouvons ainsi poser les questions pertinentes aux patient-e-s. Il y a une méconnaissance, de la part de la population homosexuelle, des risques de leurs pratiques, notamment en ce qui concerne la transmission de la syphilis ou du gonocoque, par exemple. Entre 2014 et 2015, nous avons assisté à une augmentation de 25% des IST dépistées sur l’ensemble de la Métropole de Lyon. Et il y a bien une concentration des IST dans le milieu gay.

D’où vient, selon vous, cette recrudescence ?

Il y a une méconnaissance, un déficit d’information et de communication sur le sujet. Cela vient d’une double négligence : de la part de l’État et de la population. Il y a un effet pervers de la PrEP : certaines personnes l’utilisent et ne mettent plus de préservatifs. Or, la PrEP ne protège pas de la syphilis, du gonocoque ou de la chlamydia. C’est pour pallier ce déficit d’information que le COREVIH va prochainement sortir une brochure simple sur les IST.

Y a-t-il un retard français dans le traitement de la santé sexuelle ? Et si oui, pourquoi ?

Oui, nous sommes en retard. Il existe déjà des centres de santé et de sexualité dans les pays nordiques et certains pays anglo-saxons. En Irlande et au Royaume-Uni, l’ensemble des IST sont traitées en urologie. En France, à l’inverse, pour traiter toutes les IST, il faut réunir des gynécologues, des dermatologues, des sexologues… Il y a une vraie difficulté à mettre en relation les différentes disciplines. Nous avons aussi une culture plus conservatrice qui explique peut-être pourquoi nous avons du mal à concevoir des partenariats entre associations et professionnels de santé.

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