Il n’y a pas d’“essence” intemporelle et éternelle de la religion ou des religions. Pourquoi, dès lors, se battre contre des moulins à vent ?

Depuis l’attentat d’Orlando, on entend quelques voix qui appellent à ne pas faire de généralisations ni d’amalgames. Très bien, il en faudra toujours plus dans les semaines et les mois à venir. Mais ne pourrait-on pas commencer pour cela par bannir de notre vocabulaire des mots comme “religion(s)”, “monothéisme(s)”, “islam”, “judaïsme”, “christianisme” ? Car de quoi au juste parle-t-on quand on emploie ces mots ? Des textes sacrés ? Des autorités religieuses ? Des millions, centaines de millions, voire milliards de croyant-e-s de chaque religion ?

Ces termes sont tellement englobants, ils peuvent signifier tellement de choses si diverses, que tout énoncé (positif ou négatif) qui les mobilise ne peut être que d’une extrême pauvreté d’analyse. Du point de vue du non-croyant, dire par exemple que telle religion est une religion d’amour et de charité relève de la même indigence intellectuelle que de dire que c’est une religion de haine et de guerre. Parce que la foi résiste à la logique, il n’y aucune cohérence interne à chercher dans aucune religion. Aucune essence (bonne ou mauvaise) ne peut non plus être extraite des textes sacrés, qui tous regorgent d’incantations contradictoires, d’appels au meurtre qui côtoient des paroles d’amour universel pour le genre humain.

Ne pas tomber dans cette illusion

Pourtant, de plus en plus nombreux sont les gays et les femmes, en Occident, à vouloir partir en croisade contre ces moulins à vent qu’ils nomment (au mieux) la religion ou les religions ou (au pire) l’islam, persuadé-e-s que c’est là que gisent tous leurs maux, nonobstant les racines sociales, économiques et historiques de l’homophobie au profit d’une analyse culturaliste, essentialiste et globalisante.

Ils et elles sont pris-es dans ce que le philosophe allemand Wittgenstein appelait «la recherche d’une substance qui réponde à un substantif», un «constant désir de généralisation». Autrement dit, explique le sociologue libertaire lyonnais Philippe Corcuff, «un écueil langagier», une «tendance à chercher derrière chaque substantif une substance ou une essence, c’est-à-dire une entité homogène et durable, voire intemporelle dans une logique d’inspiration platonicienne». La réponse au massacre d’Orlando nécessite de ne pas tomber dans cette illusion.

C’est pourquoi, si l’on veut viser juste et être efficace dans la lutte contre les discriminations sexistes ou homophobes, il faut être précis dans nos contre-attaques. Continuer à dénoncer les autorités religieuses ou les simples croyant-e-s qui, par leurs propos ou leurs pratiques, renforcent l’hétéro-patriarcat. Et foutre la paix à l’écrasante majorité des fidèles qui, comme le chantait Brassens, «se borne[nt] à ne pas trop emmerder [leurs] voisin[s]».

Un Réponse à “Religion(s) : refusons les croisades contre des moulins à vent !”

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