Le jeune organiste américain Cameron Carpenter révolutionne la pratique de son instrument en l’extirpant de sa gangue sacrée.

Cameron Carpenter photo copyright Thomas GrubeBerlioz considérait l’orgue comme le pape des instruments et il faut reconnaître que l’imagerie qui l’entoure est étroitement liée à la religion : la musique dédiée à cet instrument présent dans toutes les églises est principalement sacrée. C’était sans compter sur l’arrivée de l’organiste Cameron Carpenter, qui révolutionne actuellement l’univers de l’orgue.

Parfaitement à l’aise dans le répertoire classique (de Bach à Messiaen), ce jeune musicien américain s’est ouvert un nouvel horizon en transcrivant des centaines de pièces pour son instrument (symphonies de Mahler, études de Chopin…). Mais le talent de Carpenter s’illustre également dans d’autres domaines. Il compose ses propres partitions, comme The Scandal, poèce pour orgue et orchestre créée en 2011. Il collabore aussi régulièrement avec des artistes de jazz et de la scène pop-rock ainsi qu’avec le metteur en scène Peter Sellars.

Un style qui dépote

Cameron Carpenter copyright Thomas GrubeCependant, s’il contribue à sortir la musique d’orgue du contexte sacré, la révolution de Carpenter dépasse la question du répertoire. En 2014, il a ainsi achevé un projet longtemps réfléchi : l’International Touring Organ (ITO). Assez peu satisfait des orgues d’églises sur lesquelles il jouait, il a élaboré son propre instrument, un orgue pour lequel il a supervisé le son et le design (avec un pédalier dégagé qui permet au spectateur d’observer le jeu de pied). Surtout, l’instrument peut être transporté de salle en salle. Attaché aux moindres détails, Carpenter a également travaillé sa tenue de scène avec des stylistes ; c’est généralement en débardeur et chaussures à paillettes que le jeune Américain volontairement androgyne s’illustre au clavier.

Son projet et son style n’ont pas suscité que des réactions positives dans un milieu très conservateur. Mais le succès international de l’ITO est une belle récompense pour ce musicien novateur qui a permis à l’orgue de s’ouvrir au monde et de s’émanciper des institutions religieuses dans lesquelles il était cloisonné.

Cameron Carpenter, samedi 17 septembre à l’Auditorium de Lyon, 149 rue Garibaldi-Lyon 3 / 04.78.95.95.95 / www.auditorium-lyon.com

www.cameroncarpenter.com

Photos © Thomas Grube

Un Réponse à “Cameron Carpenter, artisan d’un orgue laïc”

  1. clin d'oeil

    Ce soir, l’orgue de l’auditorium de Lyon a pris son pied avec Cameron Carpenter, et les auditeurs avec. J’avais déjà eu l’occasion d’assister à une démonstration des possibilités de l’orgue de l’auditorium. Mais Cameron a transcendé ce soir les qualités de l’instrument mettant en lumière avec finesse et pertinence les registres les plus variés, des plus puissants aux plus ronds et doux. J’ai découvert récemment Cameron Carpenter, au travers de ses publications Youtube et je me demandais bien comment se comporterait notre bon orgue de Lyon face à la virtuosité de cet extraordiaire organiste boulimique de timbres habitué à son orgue sur mesure (ITO). Eh bien ce soir je n’ai pas été décu ! Cet orgue est une merveille et Cameron, artiste amoureux du son, expert virtuose de la registration, était en symbiose avec lui. M. Carpenter, cet orgue vous va comme un gant, alors revenez vite partager avec nous votre plaisir de jouer à Lyon !

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