C’est avec L’Ange de feu, un ouvrage rarement représenté, que s’est ouverte la saison lyrique de l’Opéra de Lyon. Cet opéra composé entre 1919 et 1927 par Sergueï Prokofiev n’a été créé qu’en 1953, après la mort du compositeur.

C’est Prokofiev lui-même qui a écrit le livret de L’Ange de feu, d’après un roman de Brioussov paru en 1907. Il offre une plongée dans un univers ésotérique où se mêlent religion et magie noire. Depuis qu’elle est enfant, Renata reçoit la visite de l’ange Madiel. Celui-ci la rejette lorsque, jeune fille, elle veut s’offrir à lui charnellement. Plus tard, elle pense reconnaître son ange dans le comte Heinrich qu’elle aime passionnément, mais celui-ci la repousse à son tour. Aidée de Ruprecht qui va s’attacher à Renata au péril de sa vie, ils partent tous deux à la recherche désespérée d’Heinrich/Madiel. Cette quête mènera Renata au couvent et face à un inquisiteur dont la sentence sera sans équivoque.

Conte de sorcières ou fable psychanalytique ? L’une des premières qualités de la mise en scène de Benedict Andrews est de suggérer les deux possibilités sans privilégier l’une ou l’autre. Le livret est respecté intégralement, mais le dispositif scénique permet d’évoquer aussi bien l’une que l’autre lecture.

Plateau tournant

l-ange-de-feu-credit-jean-pierre-maurin-2016Sans lever de rideau, le spectateur découvre en prenant son siège l’auberge dans laquelle se rencontrent Renata et Ruprecht. Posées sur un plateau pivotant, les chambres se succèdent les unes aux autres, faisant tout d’abord craindre une mise en scène paresseuse – ce dispositif de chambres tournantes ayant été déjà utilisé pour Tristan et Isolde mis en scène par Olivier Py à Genève.

Mais Andrews l’emploie différemment de Py. Chaque chambre abrite une saynète relatant les souvenirs de Renata. Puis le décor se métamorphose, les panneaux mobiles permettant une construction et une déconstruction très rapides, avec une intensité croissante au fil des actes. À la fin de l’acte 3, les images se succèdent ainsi de manière envoûtante, tout comme lors du final, où les cellules des religieuses se transforment en bûcher.

Interprètes en grande forme

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Mais la tension qui se crée progressivement ne serait pas totale sans la musique de Prokofiev et la direction diaboliquement inspirée de Kazushi Ono. Ce dernier tire de l’orchestre de l’Opéra de Lyon des couleurs sonores, une nervosité et une fièvre contagieuse qui gagne toute la salle et qui enflamme les artistes sur scène.

L’an dernier, dans La Damnation de Faust, Laurent Naouri nous avait plus convaincu par son jeu que par sa voix. On le retrouve à Lyon en grande forme pour le rôle de Ruprecht, avec des qualités vocales au-delà de nos espérances. Quant à Ausrine Stundyte, elle nous avait impressionnés dans Lady Macbeth de Mzensk. C’est avec le même engagement qu’elle endosse le rôle complexe de Renata. Elle sait jouer habilement de l’ambiguïté entre possession diabolique et convulsion hystérique.

Un opéra d’une seule traite

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Détail qui a son importance, l’opéra est joué sans entracte et c’est tant mieux. Cela participe à la montée en puissance du drame, à l’image de cette allumette que craque Renata au premier acte et qui se transforme en brasier. Couper la représentation n’aurait fait que rompre le charme maléfique de cet opéra foudroyant.

 

L’Ange de feu, jusqu’au 23 octobre à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 / www.opera-lyon.com

 

Photos © Jean-Pierre Maurin

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