Il est essentiel d’aider le site Yagg à survivre, quels que soient les désaccords que l’on peut avoir avec sa ligne éditoriale.

Yagg ne va pas très bien et ce n’est une bonne nouvelle pour personne. Le 15 septembre, le seul média véritablement LGBT à l’échelle nationale a été placé en redressement judiciaire. Le site «unique en son genre» a jusqu’au 14 octobre pour trouver un repreneur. Face à des difficultés économiques croissantes, Yagg avait opté l’an dernier pour un modèle économique en partie payant, mais n’a jamais atteint le seuil des 3 000 abonné-e-s qui lui aurait permis de sortir la tête de l’eau. Comme lors de la disparition du magazine Têtu l’an dernier, les experts autoproclamés en économie des médias ont déjà rendu leur verdict : si Yagg risque de disparaître, c’est parce qu’il est trop ceci, trop cela, à cause de ses prises de position, etc.

C’est oublier un peu vite que, en plus d’un siècle d’existence de la presse homosexuelle française, toutes les recettes ou presque ont déjà été éprouvées mais que tous les médias gays, lesbiens ou LGBT ont connu les mêmes difficultés économiques – du plus élitiste au plus mainstream, du plus radical au plus dépolitisé, en passant par tous ceux qui ont choisi de ne parler que de culture, de clubbing ou de sexe. Une telle fatalité s’explique donc sans doute moins par des choix éditoriaux trop clivants que par l’étroitesse du lectorat potentiel ou par une culture politique française peu propice à l’expression des minorités.

Exigences contradictoires

Il est vrai du reste que Yagg n’a jamais craint d’aller parfois à contre-courant de l’opinion LGBT dominante, de défendre des idées hétérodoxes au sein de la communauté, de donner la parole à des opinions minoritaires au sein même de la minorité LGBT. Ni même de dévoiler les aspects les moins reluisants de certains «hérauts» de la cause, de pointer du doigt les travers de notre communauté, les manquements d’un gouvernement actuel qui se veut friendly, les dysfonctionnements de certaines associations, etc. Certain-e-s lui en tiennent encore rigueur. Il est certain qu’il est plus facile et moins risqué pour un média communautaire LGBT de ne taper que sur Frigide Barjot et ses amis…

Parce qu’ils sont moins nombreux que les autres, on en demande souvent beaucoup aux médias communautaires et ces exigences sont souvent contradictoires – nous sommes bien placé-e-s à Hétéroclite pour le savoir. Il faut pourtant garder en tête qu’aucun média LGBT ne pourra jamais refléter à lui seul l’ensemble des opinions d’une communauté extrêmement diverse. Mais tous contribuent en revanche à la visibilité de problématiques et de questions qui nous concernent tou-te-s. C’est pourquoi il est essentiel de soutenir Yagg en ce moment crucial, quels que soient les désaccords que l’on a pu avoir par le passé avec tel ou tel de ses articles. Outre l’abonnement, il est également possible d’effectuer des dons défiscalisés…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.