À trop mettre l’accent sur la haine qui s’exprime des rangs de La Manif Pour Tous, on risque de passer à côté de formes plus pernicieuses d’homophobie.

Dimanche 16 octobre, La Manif Pour Tous est redescendue dans la rue pour ce qu’on espère être un baroud d’honneur et, malgré la baisse sensible du nombre de manifestant-e-s (24 000 selon la police, 200 000 selon les organisateurs), c’est à chaque fois un traumatisme pour de nombreuses personnes LGBT (mais pas seulement) de ce pays.

Dans les réactions affolées qu’on peut lire un peu partout en ce moment, c’est l’accusation de haine qui revient le plus souvent. De la haine dans La Manif Pour Tous, il y en a, assurément. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer le souvenir bien réel des crânes rasés et des bras tendus, des slogans orduriers lus sur des pancartes, des amalgames faits avec la pédophilie… Mais La Manif Pour Tous, ce n’est pas que cela, et ce n’est peut-être même pas principalement cela.

La Manif Pour Tous, c’est aussi ces bons pères et bonnes mères de famille, la bouche en cul de poule et la main sur le cœur, jurant le plus sincèrement du monde qu’ils n’ont rien contre les homosexuel-le-s, que d’ailleurs leur décorateur d’intérieur est gay et qu’ils l’apprécient beaucoup, et qu’ils ne sont là que pour défendre l’intérêt supérieur de l’enfant. Eux ne connaissent pas la haine, et, si c’était le cas, ils iraient vite s’en confesser auprès du curé le plus proche. Et pourtant, ils participent indiscutablement de l’homophobie consubstantielle au rejet du mariage pour tous, à la dé-légitimation des couples homosexuels et des familles homoparentales, au refus tout simplement de l’égalité des droits.

Un cadeau fait à nos adversaires

En se focalisant uniquement sur la haine et les propos les plus extrémistes, comme le font certains micros-trottoirs qu’on a pu voir après le 16 octobre, on s’empêche de voir que l’homophobie des manifestants en sweats à capuche roses et bleus s’exprime de bien d’autres manières, beaucoup plus pernicieuses. On fait comme si le rejet de l’autre n’était qu’une faute morale et pas le produit d’une domination structurelle. On permet à La Manif Pour Tous de se dédouaner à bon compte des accusations d’homophobie, simplement en se distanciant de ses éléments les plus radicaux.

Le mois dernier, la présidente du mouvement, Ludovine de la Rochère, a attaqué en justice la réalisatrice Emmanuelle Schick Garcia, qui prépare actuellement un documentaire intitulé Le Monde selon les homophobes. Elle l’accuse de l’avoir injuriée en la qualifiant d’homophobe. Le 2 novembre, elle a réussi à faire condamner Act Up-Paris pour ces mêmes raisons. Face à ces tentatives d’intimidation, il faut le dire et le redire : qu’il s’exprime avec des battes de baseball ou des arguties policées, le refus du mariage pour tous relève bien de l’homophobie. Ne laissons pas à nos adversaires l’occasion trop facile de se défausser de leurs responsabilités en faisant comme si seule la haine était condamnable.

 

Photo : La Manif Pour Tous à Strasbourg le 2 février 2013 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.