Les 23 et 24 octobre, l’association AIDES réunissait une centaine de participant-e-s du monde médical, associatif, commercial et médiatique. Cette «conférence d’engagement communautaire pour la fin du sida», baptisée RéLOVution, visait à tirer un bilan des politiques de prévention et réfléchir sur les moyens de mieux lutter contre l’épidémie.

Une urgence chez les gays

Le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida, nous rappelle que si la situation a bien évolué depuis plus de trente ans, l’épidémie est toujours présente et nécessite une vigilance renouvelée. Ainsi, la conférence RéLOVution a été l’occasion de faire un point sur les statistiques : si celles-ci ne sont pas encore définitives, le nombre de nouvelles contaminations en France en 2015 devrait se situer entre 6 000 et 7 000, un chiffre globalement stable d’une année sur l’autre. La communauté gay reste surreprésentée, avec un taux de contamination 250 fois supérieur au reste de la population. Pour Virginie Supervie de l’INSERM, il y a donc «urgence chez les gays».

Selon le professeur Yazdan Yazdanpanah, du service des maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Bichat-Claude Bernard, «le préservatif a stabilisé l’épidémie, mais il ne peut à lui seul permettre de la contrôler». Il faut donc penser les nouvelles stratégies préventives comme une combinaison entre le préservatif, le Traitement Post-Exposition (TPE), le Treatment As Prevention (TasP), la Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP) et le dépistage.

Mais cette «prévention combinée» se heurte à plusieurs obstacles, comme le déficit d’information d’une partie du milieu médical généraliste. Ainsi la PrEP, autorisée depuis un an, reste encore trop méconnue et n’est disponible que dans les grandes villes.

Il semble également indispensable d’améliorer la prise en charge et le parcours de soin après le dépistage. Car plusieurs études montrent que la plupart des nouvelles contaminations sont le fait de personnes qui ignorent leur statut sérologique et qu’une fois que le test se révèle positif, il peut se passer des semaines, voire des mois, avant la prise du traitement, ce qui retarde d’autant l’efficacité du TasP

L’exemple de San Francisco

Le projet Getting to Zero initié à San Francisco s’est fixé l’objectif de zéro nouvelle contamination. Au sein de la Magnet Clinic, située au cœur du Castro, se concentre en un même lieu toutes les étapes du parcours de soin (dépistage, psychologues, médecins). Le délai entre un dépistage qui se révèle positif et une prise en charge médicale est réduit à moins de 90 minutes. Cet accompagnement rapide et complet est particulièrement efficace puisque, malgré le choc psychologique que représente la découverte de sa séropositivité, le traitement est accepté et suivi dans plus de 90% des cas. Cette stratégie de prévention est une réussite, avec un nombre de contaminations qui diminuent de 17% chaque année. C’est aussi un exemple qu’on espère voir exporté en France, dans la capitale (avec l’initiative Vers un Paris sans sida) et sur tout le territoire.

Un accès inégal à la prévention

Mais si les pouvoirs publics font des efforts dans les politiques de prévention (PrEP, vente libre des autotests, mise en place du site sexosafe.fr), ils se heurtent malgré tout à certains murs culturels. Ainsi, la campagne d’affichage visible actuellement en métropole n’ira pas jusqu’aux départements français d’Amérique. Les associations locales estiment en effet qu’une affiche présentant deux hommes ensemble serait contre-productive. D’autres structures présentes lors de la conférence RéLOVution relèvent les mêmes difficultés à parler du sida.

Ainsi, pour Afrique Arc-en-ciel (une association de gays africains), le poids culturel, familial et religieux qui pèse sur les personnes d’origine africaine complique tous les messages de prévention à destination de ce public précis. Même sentiment chez Yacine Djebelnouar de Shams France, une association qui intervient auprès de personnes LGBT vivant en France et d’origine maghrébine. Pour ces associations, la problématique de l’homophobie est première, bien avant celle du sida.

Ainsi, si l’exemple de San Francisco montre qu’il existe des solutions pour enrayer l’épidémie, l’un des rappels de cette conférence RéLOVution est qu’il ne faut pas perdre de vue que la lutte contre le sida passe aussi par la lutte contre les préjugés et l’homophobie.

 

Marche contre le sida, jeudi 1er décembre à 19h (départ place Bellecour-Lyon 2)

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